‹ Théâtre completChapitre 14 sur 592 · Voir la note 2 de la Première Préface · texte numérisé non relu

Voir la note 2 de la Première Préface

8. Du Verdier (voir le passage cité dans la note 2 de la Première Préface) ne donne pas une haute idée de la valeur de B.ajazet. Au contraire M. de Hammer {Ihst. de l'Empire ottoman, trad. Dochez, II, 470) dit à propos du meurtre de Bajesid et de Suleiman, son frère : « Le funeste sort de deux adolescents pleins d'espérance arracha des larmes même à leurs bourreaux, le bosdantschibaschi et le caimakaa. »

litique, ou par amitié, l'avait épargné jusqu'au siège de Babylone. Après la prise de cette ville, le Sultan victorieux envoya un ordre à Constantinople pour le faire mourir '. Ce qui fut conduit '^ el exécuté à peu près de la manière que je le représente. Amurat avait encore un frère, qui fut depuis le Sultan Ibrahim ', et que ce môme Amurat négligea comme un prince stupide , qui ne lui donnait point d'ombrage*. Le Sultan Mahomet, qui règne aujourd'hui, est fils de cet Ibrahim, et par conséquent neveu de Bajazet ^.

Les particularités de la mort de Bajazet ne sont encore dans aucune histoire imprimée '. M. le comte de Cézy était ambassadeur à Constantinople lorsque cette aventure tragique arriva dans le SerraiP. 11 fut instruit des amours de Bajazet, et des jalousies de la Sultane*. Il vit même plusieurs fois Ba-

1. D'après M. de Haramer {Uist. de l'Empire ottoman, trad. Dochez, II, 4691, ce fut après la prise d'Erivan, en 1635, que Mourad fit périr Bajazet et Suleiman, et une lettre manuscrite de M. de Monthoulieu, député de Marseille, résidant à Constantinople, écrite de cette ville le 5 septembre 1635, et conservée à la bibliothèque de l'Arsenal [Traites et ambassades de Turquie, Y, 142), raconte en effet qu'après la perte d'Erivan le sultan fit étrangler « les deux plus aînés de ses frères : l'un était âgé de vingt-six ans, et l'autre de vingt-trois ans. 11 faut, s'il vous plait, remarquer qu'ici ce genre de mort est pour les Princes et grands Bassats ; comme au contraire trancher la tête est le supplice de ceux qui sont de la lie du peuple. Le Caimacan et Bostangibaschi vont soudain au serrail, exécutant leur commission aux personnes de ces deux Princes, et le lendemain ils les font porter en pompe et magnificence, et les ensevelissent au tombeau de leur père en vue de tout le peuple, auquel la joie de la fête publique fit supporter plus patiemment la douleur de cette inespérée perte, qui lui était d'autant plus sensible que c'étaient deux très beaux princes et de bonne mine, et révérés de tous universellement. » M. de Monthoulieu ajoute que le Caimakan était beaufrère de l'un des jeunes princes, et qu'il restait au Grand Seigneur deux frères fort jeunes. Cette lettre, il est vrai, ne donne pas le nom des victimes. M. de HammeT^Hist. de l'Empire ottoman, trad. Dochez, II, 479) dit enfin que Mourad, lo 17 février 1G38, avant de marcher contre Bagdad, « fit périr un de ses frères. Sultan Kasim, qui, par ses heureuses dispositions, semblait lui préparer dans l'avenir un rival redoutable. » Racine s'est-il perdu au milieu de tous ces fratricides ? Il est plus vraisemblable qu'il a voulu, pour donner plus d'éclat à son action, la rattacher au siège de Bagdad. Il a donc identifié Bajezid et Kasim. Pour rester fidèle à l'histoire, il a rappelé que Mourad voulait faire périr son frère dès les premiers temps du siège, et il n'a retardé la mort de Bajazet que pour donner à Mourad lo prestige de la victoire. A'oilà ce qui est probable; mais l'on peut répéter avec Louis Racine, sans chercher chicane au poète: « Dans Bajazet, tout est vraisemblable, quoique peut-être il n'y ait rien de vrai. »

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