ACTE V, SCENE IV
Vous ayez si longtemps par des détours si bas MSO
Feint un amour pour moi que vous ne sentiez pas '.
Qui ? moi, Madame - ?
ROXANE
Oui, toi '. Voudrais-tu point encore Me nier un mépris que tu crois que jignore? Ne prétendrais-lu point, par tes fausses couleurs ', Déguiser un amour (jui te retient ailleurs^, 1485
Et me jurer enfin d'une bouche perfide Tout ce que tu ne sens que pour ton Atalide ^
Atalide, Madame ! 0 ciel ! qui vous a dit...
ROXANE
Tiens, perfide, regarde, et démens cet écrit.
BAJAZET, après avoir regardé la lettre.
Je ne vous dis plus rien. Cette lettre sincère 1490
D'un malheureux amour contient tout le mysicrc;
Vous savez un secret que, tout prêt à s'ouvrir,
Mon cœur a mille t'ois voulu vous découvrir.
J'aime, je le confesse; et devant que votre ùme".
Prévenant mon espoir, m'eiit déclaré sa flamme*, 1495
1. Nous sommes ici tout à fait de l'avis de Roxane, et nous souscrivons à ses paroles. — « Eh bien ! parjure et déloyal, jure maintenant que tu n'aimes que moi, lui dit-elle, en lui montrant les deux lettres de l'Ioridon qu'elle tenait encore ouvertes! Fais autant de serments pour justifier mon ennemie, que tu m'en as fait de faux pour me faire croire que tu m'aimais. Perfide et trompeur! Pouvais-je m'imaginur que sous ces attraits si innocents tu cachasses une âme si double et si traîtresse? Ingrat, tu ne respires que |iar ma bonté; et ce n'est pas assez d'en témoigner une si grande méconnaissance, si tu ne t'en sers encore pour me faire mourir de douleur. » (Seghais, Floridon, p. 67-68.)
i. Ce malheureux Baiizet, bien que ce soit pour sauver Atalide qu'il essaie encore denier, est un hîros tout a fait piteux. L'Hippolyte de Pradon [Phèdre et Hippoiyte, 111, iv), lorsque son secret est découvert, témoigne du moins plus de feiuietô :
PHÉnnn.
Que dites-vous ? ah, Dieux I
UIPPOLYTB.
(Jiie je «iiis son rival.
Que j'en (14 un secret, qnej'adore Aricie, El qu'à me l'arracher il y fa de la vie.
3. La feinte de Bajazet dégoûte Roxane, qui brusquement passe au tutoiemon;.