‹ Théâtre completChapitre 208 sur 592 · ACTE V, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE VI

Confuse, et digne objet de vos inimitiés,

Je viens mettre mon cœur et mon crime à vos pieds ^

Oui, Madame, il est vrai que je vous ai trompée- :

Du soin de mon amour seulement occupée,

Quand j'ai vu Bajazet, loin de vous obéir, 1580

Je n'ai dans mes discours songé qu'à vous trahir.

Je l'aimai dès l'enfance ; et des ce temps, Madame,

J'avais par mille soins ^ su prévenir son âme *.

La Sultane sa mère, ignorant l'avenir,

Hélas ! pour son malheur », se plut à nous unir. 1583

Vous l'aimâtes depuis : plus heureux l'un et l'autre,

Si connaissant mon cœur, ou me cacliant le vôtre,

Votre amour de la mienne eût su se défier ^ !

Je ne me noircis point pour le justifier.

Je jure par le ciel, qui me voit confondue'', 1590»

Par ces grands Ottomans dont je suis descendue,

Kt qui tous avec moi vous parlent à genoux*

Pour le plus pur du sang qu'il ont transmis en nous :

lÎLijazet a vos soins tôt ou tard plus sensible".

Madame, à tant d'attraits n'était pas invincible. 1395

Jalouse, et toujours prête à lui représenter^

Tout ce que je croyais digne de l'arrêter.

Je n'ai rien négligé, plaintes, larmes, colère,

Quelquefois attestant les mânes de sa mère '".

Ce jour même, des jours le plus infortuné, 1600

Lui reprochant l'espoir qu'il vous avait donné,

Et de ma mort enfin le prenant à partie",

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