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Il s'agit de la mère de Rnjazet

7. L'élégance de cette expression ne réchaulTe pas ce dénouement.

8. Racine imite ici les vers qu'il a mis dans la bouche de Créon au désoucment de la Thùbnïde :

Polynice, Ét(!ncle, locaste. AnliRone, Mi's fils, que j'ai perdus pour ni'élever au trône, Taul d'aulres ni.illieureux dont j'ai causé le- maux, Font déjà daua mou cœur l'office des bourreaux. Arrêlex ... Mon trépas va venger votre perte... ele.

ZAÏRE

Ah! Madame!... Elle expire. Ociel! En ce malheur, Que ne puis-je avec elle expirer de douleur' ?

1. Girault de SainviUe, flans son Philadelphe (p. 70), remplace ces deux vers de Zaïre par une conclusion glaciale : <i C'est ainsi que finit la destinée de deux Princesses et d'un Prince, en qui nous avons vu les véritables caractères de l'ambition, de l'amour et de la jalousie. » — « On a reproché à Racine d'avoir fini Bérénice par un hélas : il termine Dnja-ct par un vers infiniment plus repréhensible : rien n'empêche Za'ire d'imiter sa maîtresse et d'expirer avec elle. Le poignard d'Atalide est auprès d'elle, et à son service. » (Gkoffbot.) Nous nous demandons pourquoi GeolTroy veut tuer cette pauvre Zaïre, qui ne lui a rien fait. Il est vrai qu'elle pouvait se dispenser de terminer la tragédie par ces deux vers absolument dénués d'intérêt. Olympe, dans la Thébaïdc, avait déj;i, non moins vainement, essayé d'attirer sur elle l'attention des spectateurs lorsqu'elle disait en gémissant, après avoir annoncé à Créon la mort d'Antigone (V, v) :

Heureuse mille Tui*, ?i ma douleur mortelle Dans la nuit du tombeau m'eût plongée avec elle !

oir BritaiviiiMs, noir i:u vers 1768.

MITHRIDATE

Aa lendemain de la représoiUatioii de Mithridate, de Visé disait dans le Mercure galaiït : " J'aurais longtemps à vous entretenir, « s'il fallait que je vous rendisse un compte exact des jugements « qu'on a faits du Mithridate de M. Racine. Il a plu, comme font (I tous les ouvrages de cet auteur. Et quoiqu'il ne se soit quasi servi « que des noms de Mitliridato, de ceux des princes ses fils et de <i celui de Monime, il ne lui est pas moins permis de changer la « vérité des histoires anciennes pour faire un ouvrage agréable, a qu'il lui a été d'habiller à la turque nos amants et nns amantes^. « Il a adouci la grande férocité de Jlilhridate, qui avait fait égorger ■« sa femme, dont les anciens nous vantent et la grande beauté et (i la grande vertu. F.t, quoique ce prince fût barbare, il l'a rendu en <i mourant un des meilleurs princes du monde : il se dépouille, en « faveur d'un deses enfants, de l'amour et de la vengeance, qui sont « les deux plus violentes pas>-ions où les hommes soient sujets; et (( ce grand roi meurt avec tant de respect pour les Dieux qu'on « pourrait le donner pour exemple à nos princes les plus chrétiens 2. a Ainsi M. Racine a atteint le but que doivent se proposer tous « ceux qui font de ces sortes d'ouvrages; et les principales règles n étant de plaire, d'instruire et de toucher, on ne saurait donner 'i trop de louanges à cet illustre auteur, puisque sa tragédie a plu, <i qu'elle est de bon exemple, et qu'elle a touché les cœurs. «

On le voit, l'ironie se déguise à peine sous ces éloges, et cet article dut causer un sensible chagrina l'àme facilement émue de Racinf. Ainsi, malgré le soin avec lequel il avait étudié les historiens anciens, malgré la satisfaciion qu'il avait prise à écrire dans sa Préface: «Je crois que le plaisir du lecteur pourra redoubler, quand il verra que presque tous les historiens ont dit ce que je fais dire ici à Mithridate, » on lui reprochait encore d'avoir défiguré l'histoire et d'avoir habillé des barbares à la française !

(;'est qu'il y a deux sortes de fidélité historique: celle qui consiste à respecter scrupuleusement les faits, et celle qui, conservant leur caractère aux personnages de l'histoire, leur prête les passions particulières à leur époque, à leur pays, au milieu dans lequel ils ont vécu. La tragédie de Racine se compose de deux parties, fort habilement soudées l'une à l'autre, mais néanmoins bien distinc-

). Voir notre Notice sur Bajazet.

2. On verra dans l'allaire des sonnets (Notice sur Phèdre'^ que le même reproche a été adressé à Phèdre.

I 4 ', MITBRIDATE.

tes : l'une est empruntée à l'Iiistoire, et l'autre est un pur roman.

II en résulte que les faits liistoriques ont dû être quelque ])8u altérés, pour permettre au roman de les accompagnor et parfois de les amener, et voilà une première explication des railleries du Mercwe, qui était ce soir-là en goût d'érudition. Si, d'autre part, Racine peut se rendre à lui-môme témoignage ([u'il a reproduit fidèlement la grande et farouche figure de Miihridate, et conservé à Pliarnace un air de famille, de Visé était en droit de dire que la partie romanesque du drame, pour être adroitement rattachée à l'intrigue, n'en piésentait pas moins au point de vue des mœurs un comraste complet avec le lestc de la tragédie, et que Monime et Xipharès semblaient des Français de la cour de Louis XIV égarés on ne sait comment dans le camp de Mithridate. Nous allons, à l'aide des écrivains anciens, étudier l'histoire et les mœurs de Mitliridate, et montrer en (|uoi Racine méritait les critiques qui lui ont été adressées, mais aussi en quoi ces critiques étaient injustes.

De nombreux historiens ont raconté les guerres de Mithridate ; nous demanderons àFlorus le récit de ses derniers combats, àAppien celui de ses derniers moments.

« Ce prince, dit Florus ', ayant réuni des troupes encore plus nombreuses, suivi de toutes les forces de son royaume, descendait une seconde fois sur l'Asie, couvrant de ses soldats la mer, la terre, et les fleuves... 11 fondit sur Cyzique avec toute son armée. Là, par suite des lenteurs du siège, la famine, et par suite de la famine, une épidémie s'abattirent sur les troupes du roi de Pont, qui dut Si retirer. LucuUusle poursuit, et fait de ses hommes un tel carnage que le Granique et l'Esèpe roulent des eaux sanglantes. Mais ce prince avisé et instruit de la cupidité romaine ordonne aux fuyards d'abandonner leurs bagages et leur or, afin de relarder la poursuite. La retraite ne fut pas p'ns hcarc-use sur les eaux que sur la terre. La flotte composée de plus de cent vaisseaux, foimidahlonient armés, fut assaillie sur le Pont-Euxin par une tourmente qui la dispersa et la maltraita comme eût fait un combat naval ; on eût dit que LucuUus avait conclu un pacte avec les flots et avec la tempête, abandonnant aux vents le soin d'achever la défaite du roi. Toutes les forces de son puissrini. royaume étaient détruites ; mais son audace grandissait avec ses malheurs. Il se tourna vers les nations voisines, et enveloppa dans sa ruine l'Orient presque tout entier et le Septentrion ; il appelait à lui le secours des Ibériens, des habitants des bords de la Caspienne et dcsAlbaniens ^ ; vaines entreprises, par lesquelles la fortune préparait la gloire, un nom, des titres à son favori, Pompée. Ce général, voyant l'Asie enflammée par une nouvelle guerre, voyant les rois se lever les uns après les autres, persuadé

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