‹ Théâtre completChapitre 223 sur 592 · III, V · texte numérisé non relu

III, V

2. Il y avait aussi des Ibériens en Asie; les Albaniens ou Aibains h?bita <:.-it les boi'ds du Pont-t\ixin.

qu'il n'y avait pas de temps \ perdre, si l'on voulait prévenir la réunion des forces barbares, fit aussitôt jeter un pont de bateaux, francliit l'Euplirate, ce que n'avaient pas fait les généraux qui l'avaient précédé, atteignit le roi dans sa fuite au milieu de l'Arménie, et, voyez quel bonheur raccompagnait, l'acheva dans une seule rencontre. L'action s'engagea la nuit, et la lune se mit du parli de Pompée. Comme pour combattre avec lui, elle éclairait les ennemis par derrière, et les Romains '-n face ; de sorte que les soldats de Mithridate, abusés, frappaient les ombres prolongées de leurs propres corps, croyant frapper les ennemis. Ce fut dans cette nuit que s'écroula la fortune de Mithridate. Ses forces étaient à jamais brisées, bien qu'il essayât pir tous les moyens do se redresser, comme les serpents dont la tête est écrasée, et qui menacent encore de la queue. Réfugié en Colchide, il imagina d'eflVayer par une attaque subite les rivages de la Sicile, et, dans l'Italie même, laCampanie. Il voulait, uni à tous les peuples depuis la Colchide jusqu'au Bosphore, gagner par la Thrace la Macédoine et la Grèce, les traverser rapidement, et l'ondreà l'improviste sur l'Italie. »

Laissons maintenant la parole à Appien, que nous citons d'après la traduction donnée en 1547 par l'érudit Claude de Seyssel, et que Racine connaissait peut-être, bien que plus vraisemblablement il ait lu Appien dans le texte même.

« En ces entrefaites Pharnaces qui estoit le plus renommé de tous ses enfans, et celuy qu'il avoit dès long temps choisi pour son héritier, pour craincie qu'il eut de perdre le royaume ensemble l'exercite de son père, espérant pouvoir trouver grâce et appoinctement avec les Romains, ou par craincte qu'il eut que si son père s'en alloit en Italie, il meist son Royaume en danger, ou pour autre cause qui à ce le meut, conspira de faire mourir son père. Mais la chose fut descouvertc, et furent les complices pris et questionnez qui confessèrent la vérité, lit nonobstant un des principaux serviteurs du Roy nommé Menophanes persuada au Roy qu'il no deust point faire la punition de son filz, puisqu'il vouloit faire son voyage, luy remonstrant comm<î telles entreprinses se faisoient souvent en temps de guerre, <t neantmoinsaprès se réduisoientles choses en bon estât. A laquelle persuasion le Roy pardoima àson filz, lequel, cognoissant la faute qu il avoit faicte, et voyant a ssi que les gensdarmes rcfusoient de faire ce loup; voyage, s'en alla denu ctvers les fuitifs Romains qui restoient empns le camp de Miihridates, et leur remonstra le danger en quoy ils 68 metloient, s'ils alloient avec son père en Italie, jacoit qu'ils l'entendissent assez : leur promettant au surplus beaucoup de biens s'ils vouloient demeurer avec luy. Si feit tant qu'il les gaigna. Er. cela faict incontinent s'en alla celle mesme nuict à la partie du camp qui estoit la plus prochaine h celle bande, et gaigna pareillenuMit ceux qui estuient \h, tellement qu'à la poincte du jour les fuiiifs commencèrent à faire un grand cry, et tantos.t après les autres pruchains foirent le semblable, dont plusieurs en y eut qui crièrent sans Racine t. III, 9

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sçavoii' pourquoy, voyans leurs compagnons crier : car la pratique et conspiration n'avoit pas été divulgée à trestoiis ; mais comme gens légers et qui ne demandent que mutations, voyans le malheur du Roy, facilement s'accordoicnt à toutes choses nouvelles. Et si aucuns en y avoit qui en fussent marris non sçachans la trahison estoient contraints par les autres qui la sçavoient de crier avec eux, ciiidans, que tous fussent de cette volonté. Milhridates oyant vu si grand cry en son ost fut moult csbahy, si envoya aucuns de ses gens pour entendre que c'estoit, et pour quelle cause se faisoit ce bruit. Auxquels fut par les soldats rcspondu qu'ils avoient pris pour leur Roy le filz qui estoit jeune, en lieu du père qui estoit vieil, et qui laissoit gouverner son royaume par Eunuques, et à leur a petit avoit occis plusieurs des enfants de ses capitaines et de ses amis. Milhridates entendant ceste chose sortit de son logis pour parler à eux, mais ceux qui estoient dedans le camp sortirent incontinent qu'ils les vierent pour s'aller joindre avec les fuitifs, lesquels avant que les autres approchassent d'eux, les avoient advertis qu'ils ne vinssent plus avant, s'ils ne vouloient faire quelque chose pour déclarer leur affection envers Pharnaces, leur monstrant quant et quant au doigt Mithridates. Pour raison de quoy iceux soldats voyans qu'iceluy .Mithri- ■dates s'étoitmisà pied pour se sauver, se meirent à suivre son cheval pour le prendre, et quant et quant retindrent Pharnaces, et le nommèrent leur Roy; et luy meirent sur la teste, en lieu d'un diadème, un grands cliapeau de joncs qu'ils prindrent au Temple. Toutes lesquelles choses voyant Mithridates d'un haut lieu où il estoit, envoya plusieurs messagers l'un sur l'autre devers Pharnaces, luy requérant qu'il luy permist s'enfuir en seureté. En voyant que nul de ses dicis messsagers ne revenoit à luy, craignant d'estre rendu aux Romains appela les soldats de la garde, et ses autres amis qui estoient demeurez avec luy, et les loiia grandement, puis leur commanda qu'ils s'allassent rendre au nouveau Roy, ce qu'ils feirent. Mais aucun d'eux furent en allant tuez par les soldats. Après cela Mithridates tira de la poison i, qu'il portoit continuellement au pommeau de son épée, et commença à la destremper en la présence de deux de ses filles qu'il nourrissoit cncores avec luj', dont l'une s'appeloit Mithiidatia, et l'autre Nissa, lesquelles estoient fiancées, l'une au roy d'Egypte, et l'autre au roy de Cypre : icelles voyant ce que leur père vouloil faire luy requirent à f::rande instance (|U'iI leur baillast à boire de celle poison avant qu'il la beust, ce qu'il fcist voyant leur grande instance : et tout incontinent qu'elles l'eurent prinse cheurent mortes à terre. Mais luy, combien qu'il en eust bu une grande quantité, ne pouvoit mourir, pourtant qu'il avoit dès sa jeunesse usé de contre-poison, qu'on appelle encore aujourd'hui M thridat de sou nom. pour crainte qu'il avoit d'estre empoisonne. Voyant donc un des Capitaines de ses Celtes nommé iiititius, l'appela

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