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I. Poison était encore féminin auxvi' siècle

NOTICE SUR MITllRIDATE. 147

et hiy dit telles parolles : « Tu m'as fait beaucoup de grands services de ta main contre mes ennemis, mais tu ne m'en pourrois point faire de plus grand à présent, que de m'exenipter et délivrer du danger où je suis d'estre mené par Pompée en son triomphe : car tu vois maintenant un si puissant Roy et Prince d'nn si grand pays qui ne peut mourir par poison, à cause des remèdes qu'il a usez pour sauver sa vie, entendant que la poison est une chose très dangereuse et domestique aux Rois. Et là où j'ay évité (dit-il) tant d'autres dangers, maintenant ne me suis sceii garder de la trahison et infidélité de mes enfans, de mes amis, et de mes gonsdarmes. Après qu'il eut ainsi parlé, Biiitius en pleurant chaudement de pitié, le frappa de son espée et luy aida à mourir. En telle manière finit sa vie Mithridates, seizième Roy de Pont après Daire Roy de Perse, et huitième après iceluy Miihridates, qui se rebella des (irecs, et occupa le royaume de Pont. Et esloit lorsqu'il mourut en l'aage de septante huict ou septante neuf ans, dont il en avoit régné cinquante sept, car il vint au royaume de son père en bien jeune aage, lequel il accreut moult grandement '. »

D'après Dion Cassius^, la mort de Miihridate fut encore plus triste. Après avoir vainement tenté de se tuer par le poison et parle fer^ Mitliridate aurait été achevé par les hommes quil avait envoyés contre son fils, et qui se tournèrent contre lui : a Ainsi Mithridate, après avoir éprouvé toutes les exti'émilés de la fortune, devait finir SCS jours d'une façon ex iraordinaire. 11 voulut mourir, sans le désirer; il s'elîurça de se tuer, sans y réussir, il chercha lui-même à se détruire par le poison et par le glaive, et c'est par ses ennemis qu'il fut égorgé. »

On voit que môme en admettant la version d'Appien, Racine a Pris avec l'iiistoire d'assez grandes libeités, et qu'il a choisi à son gre parmi les faits qu'elle lui présentait. Ses contemporains le lui pardonnaient d'autant moins que c'était faire preuve de savoir que critiquer ie poète, et que les derniers moments de Mitliridate avaient déjà fait le sujet d'une tragédie française, dont l'auteur s'était moins écai-té des récits de Tlutarquo et d'Appien. Nous voulons parler de la Mort de Mitluidate^ de La Calprenéde, qui avait obtenu en 1G35 un assez grand succès, exalté par que ([ues-uns des contemporains. Grenailles no craint pas de dire, dans \si Vrej ace àc non Innocent matheureux (1G30) : « M. de La Calpreucde, pour être venu des derniers, ne laisse pas de tenir le premier rang, » et, passant à la tragédie qui nous occupa, il ajoute ; « La Mort de Milliriclitu, qui lut l'essai d'un si bon esprit, passe pour un chef-d'œuvre au jugement des habiles. L'auteur a tort de lui vouloir ravir ses ornements par une modestie recherchée ; on l'estime suivant ce qu'elle est, et

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