XV
il. XXXVll, 13.
3. La mort ae AluAridate fut publiée en 1637, u chez Aathuiue de Soauuavilio, lu i'aUia, dAUb 1 1 petite âalle, a i'£3cii do France. »
t/,8 MITHRIDATE.
non pas suivant le cas qu'il en fait. On ne défère pas à son opinion en ce qui le touche, pour ce qu'elle est injuste devant que de lui être tant soit peu désavantageuse. Il suffit de dire que si cette pièce n'était excellente, elle n'aurait pas une approbation générale, et qu'elle n'eût jamais causé de si grandes émotions dans les âmes des spectateurs, si elle n'eût été le fruit d'un puissant génie. » L'enthousiasme de Grenailles tient peut-être à ce que La Calprenède et lui sont nés sur les bords de la Garonne; aussi nous devons attacher plus d'importance h, l'opinion de Madame de Sévigné sur les ouvrages de La Calprenède : « Pour les sentiments, j'avoue qu'ils me plaisent, et qu'ils sont d'une perfection qui remplit mon idée sur la belle âme. » Il est vrai qu'elle se cachait de son fils pour lire les vingt-trois volumes de la Cléopàlre, et avait honte de s'amuser des grands coups d'épée de cet Artaban, resté proverbial, qui parlait en si mauvais style.
La Calprenède a les allures ot les fanfaronnades d'un gascon'; sa Muse, comme celle de Scudéry, a les fiertés mâles d'une amazone, et porte le chapeau crânement penché sur l'oreille. C'est peut-être cet air de famille qui a fait aitribuer à Scudéry un Mithridate, dont nous ne trouvons plus de traces. Dans la Préfuce de sa Mort de Mithridate, La Calprenède, officier dans le régiment des gardes et gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, croyait devoir s'excuser tout d'abordd'avoir donné une œuvre au théâtre : a La profession que je fais ne me peut permettre, sans quelque espèce de honte, de me faire connaître par des vers, et tirer de quelques méchantes rimes une réputation, que je dois seulement espérer d'une épée que j'ai l'honneur de porter. « Et il ajoutait que s'il n'avait craint de voir imprimer une mauvaise copie de son manuscrit, il n'eût pas livre sa pièce à limpression. Il s'excusait, aussitôt après, d'avoir altéré en quelques endroits de sa tragédie les faits historiques. Nous ;illons voir cependant que sa tragédie, qui ne manque pas de beautés, est restée, à certains points de vue, bien plus fidèle à l'histoire que celle de Racine.
La scène se passe alternativement dans le camp de Pompée, et dans le palais de Mithridate. Pharnace, fils de ce dernier, impatient de monter au trône de son père, s'unit aux Romains contre lui. Pompée accueille bien le traître, et achève de l'attacher à lui par des promesses et par des menaces :
Surfout souvenez-vous en cette affaire ici Que Home fait les Rois et les défait aussi 2.
Mithridate s'irrite et se désole de la trahison de son fils; par lui, il perd son royaume, il voit en danger sa vie et celle d'Hypsi-
1. Richelieu lui dit un jour qu'unt de ses tragédies était écrite en vers lâches. I. r.omment, lâches! s'écria notre Gascon; apprenez qu'il n'y a rien de lâche dans la maison de La Calprenède. »
%. II, m.
NOTICE SUR MlTnRIDATE. 140
cratce i, sa femme, et de Mithridatie et Nise, ses deux filles. C'est iù surtout ce qui le préoccupe :
Et si je souffrais seul, je souffrirais bien moins 2.
Il professe une vive tendresse pour cette Hypsicratée, une amazone intrépide, à laquelle, malgré leur âge, il décerne les noms les plus galants et les plus doux. II se reproche d'avoir aimé la mère de Pharnace :
J'ai d'une autre pi'oduit un monstre abominable ; C'est l'œuvre d'un pérhé dont tu n'es point coupable; Ainsi que sa naissance il est défectueus, Et s'il était ton fils, il serait vertueux *.
Il ne veut pas tout d'abord autoriser Hypsicratée à combattre h SCS cotés :
Ne t'expose aux danfrers qu'un peu plus rarement, Puisque, si je te perds, je me perds doublement *.
Tel est le ton sur lequel parle Mithridate durant trois actes, et il n'agit point. L'intérêt de cette première partie du drame, et nous en sommes désolés pour les partisans de la fidélité historique mal entendue, porte sur un personnage invente par La Calprenède, sur Bérénice, femme de Pliarnace. Tous deux, nous dit Pharnace, s'aimaient chèrement, avant qu'il n'eiit quitté son père :
J'aimai ce que la terre avait de plus aimable,
Et pour moi mon soleil eut une amour semblable ^.
Mais la trahison de son époux a révolté l'âme honnête et droite de Bérénice ; et si elle adresse à ses b' Iles-sœurs un discours ridicule, qu'aura le tort de développer dans Horace la Sabine de Corneille :
.... Punissez sa femme, et vous le punirez.
Je sais bisn que pour moi son amour est extrême,
Et. quoiqu'il soit perfide, assurément il m'aime.
Embrassez ce moyen pour vous venger de lui 6 ;
e'ie trouve pour se justifier auprès de Mithridate des accents tiers et touchants. Ce rôle est une noble et pure création, digne de
i. Il est question de cette Hypsicratée, dont La Cnlorencde fait sans motif la seule femme de Mithriditc, dans Plutarque (Vie de Pompée, trad. Amyot, L) : Mithridate, défait, s'enfuit « seul avec trois autres dont l'une estoit Hypsicratia, l'une de ses concubines, laquelle avoit l)ien toujours esté liiivlie et avoit eu cœur d'homme, tellement que Mithridatos pour l'amour de cela 1 a(i(,<'lait Hypsicrates ; mais lors estant vestue en homme d'armrs Persien, et ayant le ( heval de mesme, elle ne se trouva jamais lasse ny recrue pour quelques lonsues courses que foit le roy, ny jamais ne se lassa de servir sa personne, ny de panser son cheval. »