IV
tj. II, 11.
150 MITHRIDATE
figurer à côté de celles de Corneille, et, si la pièce était mieux écrite, il aurait suffi pour l'empèchcr de mourir.
Cepciiflant la ville va être prise ; tout espoir de salut semble être perdu, et Mithridate ne songe plus qu'à mourir:
Allons ensanglanter nos dernières murailles, Signalons notre fin de mille fanéraillos, Faisons à notre gloire un superbe tombeau 1.
C'est alors que Bérénice veut tenter une démarche auprès de son époux; et, malgré les pleurs qui ont fatigué ses yeux, dit Miihridatie,
Ils s'arment des attraits qui l'ont fait soupirer, Et lancent des regards qui se font adoror : Si Pharnace résiste aux traits qu'elle décoehe, Je dirai que son cœur est formé d'une roche *.
L'entrevue a lieu; Pharnace est aux pieds des remparts, sur lesquels se tient Bérénice, et sa passion s'exprime ainsi ^ :
Mon âme, quittons ce discours importun,
Cherchons quelque remède à notre mal commun,
Qui de tons mes plaisirs ne permet que la vue;
Et si dans ce palais tu n'es poiut retenue,
Permets que tes beaux yeux m'éclairent de plus près;
Laisse là Mithridate et tous ses intérêts;
Jelte-toi dans les bras d'un mari qui t'adore;
Accorde le remède au feu qui me dévore.
Mais Bérénice lui déclare qu'elle n'abandonnera point Mithridate ; elle le supplie, en termes parfois éloquents, de renoncer à son criminel dessein :
Par cette passion, que mes yeui firent naître.
Par la fi lélité que je t'ai fait paraître,
Par ces fcox innocents dans nos âmes conçus,
Par ces sacrés serments et donnés et reçus.
Par les chastes flambeaux de l'amour conjugale,
Et par mille témoins d'une amitié loyale,
Ne me refuse point la grâce que je veux.
Ion honneur seulement fait naître tous mes vœux ;
Et que jamais le Ciel ne me soit favorable.
Si toi seul, plus que tous, ne m'es considérable :
Que si mes premiers droits nie sont encor permis.
Si tu ne me tiens pas au rang des ennemis,
Si je te puis nommer mon époux et mon âme,
Et si ton cœur relient quelque reste de tiamme,
Si du bonheur passé le souvenir t'est doux,
Klève un peu tes yeux, vois ta femme à genoux.
Considère les pleurs qui coulent sur sa face,
Et poui' quels ennemis elle attend une grâce :
Je parle lour tes sn'urs. pour ton père et pour moi,
Et bien plus que pour nous je demande pour toi.