J. IV, II
152 MITDRIDATE.
N'ai-je pas épuise toiit le sang de mes veines?
JN"ai-jo pas mieux aitné les malheurs arrivés
Que de voir mes enfants vivre en hommes privés?
A mes propres dépens j'ai recherché ta eloire,
Et tu la veux soiiillor d'une tarhe si noire.
Que si tu ne démords d'une telle fureur,
Les sièrles k venir en frémiront d'horreur.
Ne viole donc plus les lois de la nature,
Regarde pour le moins relui qui te conjure,
Et si tu te souviens de sa condition.
Le sang sera plus fort que ton ambition 1.
Pharnace demeure inflexible, ce qui lui vaudra les félicitatinns des Ilomains; le père alors, honteux d'être descendu jusqu'à la prière, se redresse, et lui dit, justifiant l'auteur d'avoir abaissé tout à l'heure son héros :
Si je t':ii prié, ce n'est pas pour mon bien.
Cette soumission fait honte à ma mémoire : J'ai prié pour tes sœurs, voilà toute ta gloire.. J'ai vécu glorieux, je mourrai dans ma pluire. Et tu n'obtiendras pas une entière victoire. Ne m'ayant pnint privé des secours de ma main, Tu ne me verras pas au triomphe Romain 2.
La fin de l'acte est refroidie par l'arrivée intempestive d'Hypsicratée, qui, en véritable amazone, est sur le point de provoquer Pharnace en combat singulier.
Après quelques stances de Slitliridate', la situation devient terrible, si terrible que le cinquième acte de Rodogune ne l'est pas davantage, et qu'un poète plus habile que La Calpronède en eût pu tirer un effet prodigieux. Mithridate veut s'empoisonner, pour ne pas tomber vivant aux mains des Romains; sa femme et ses filles viennent le prior de les laisser partager sa mort; il finit par y consentir, et la coupe funèbre circule de main en main. Bérénice, qui entre, aime mieux mourir avec Mithridate que régner avec l'époux criminel qu'elle a tant aimé : elle réclame et obtient sa part du poison. Bientôt elles tombent, l'une après l'autre, autour de .Mithridate, qui, s'étant jadis prémuni contre tous les poisons, échappe à la mort commune, et s'écrie:
Et je vois sans mouiir la mort de tous les miens!
Malheureusement cette scène terrible est étrangemeut défigurée par la galanterie surannée de Mithridate pour Hypsicratée. S'il consiuit à la laisser mourh" avec lui, c'est qu'il craindrait de mécontenter lu bel astre de ses jours ; ils s'assurent mutuellement de leur fidélité et s'embrassent, s'embrassent, et s'embrassent encore, en présence des corps de leurs filles, dont ils ne se soucient guère, et de Bérénice mourante, qui essaie en vain à plusieurs reprises de se rappeler