Ibid
3. Y. II. Les quatre derniers vers de ces stances sont toujours sur Its dîcqo rimes, comme dans les stances du Cid.
NOTICE SUR MITHRIDATE, l!i3
à eux. Quand les quatre femmes ont expiré, Mithridate va do l'une h l'autre, les priant de l'attendre, et détruisant par ses molles et laibles plaintes tout le pathétique de cette scène, qui eût voulu ôtre écrite par Shakespeare. Il finit par se tuer, et, quand Pliarnace arrive, il voit, sur leur trône, Mithridate sanglant et Hypsicratce il voit ses sœurs et sa femme à leurs pieds. Les remoi ds le déchirent ' ; il s'agenouille auprès de Mitliridate, et Jui demande pardon; puis il s'incline devant le corps de Bérénice :
Et vous à qui les Dieux m'avaient si bien uni, Indigne possesseur d'au bonheur infini, r<« vous offensez pas que ce traître vous touche, Et tout souillé qu'il est baise encor votre bouclie; Mais non. votre vertu se fâche à mon abord. Soulfrez mon entretien comme celui d'un mort : Il ne respire plus, puisque vous êtes morte.
Mais les Romains interrompent ses plaintes :
.... Délivrons ses yeux de l'horreur de ces morts, Et pour les inhumer qu'on enlève ces corps.
Sur ces vers grotesques se ferme une tragédie que le mauvais goût et un méchant style ont perdue. Elle méritait d'êtic mieux écrite; car elle renferme une fort belle scène entre le père et le fils, le rôle de Bérénice est urio création remarquable, le dénouement porte à son comble l'horreur tragique, et l'art du poète est digne d'applaudissements, qui nous montre Pliarnace, le front ceint de la couronne gagnée par un parricide, venant tomber aux pieds de sa chère Bérénice, que son crime a tuée. De toutes les tragédies que nous avons analysées dans ces Nnfice-i, la Mort de Mithridate de La Calprenède est assurément la plus remarquable, avec les tragédies do Tristan et YAman de Monicrestien.
Mais la fidélité historique dont se pique La Calprenède et dont on l'a loué n'est pas, à vrai dire, celle qu'il convient d'exiger d'un poète dramatique. L'histoire a des lenteurs dont s'accommode mal la tragédie, la nôtre surtout, qui est une crise. La succession chronologique des événements peut être froide et traînante, et l'action doit courir sur notre théâtre. Ne faisons donc point au poète, une chronique en main, de misérables chicanes ; accordons-lui la liberté de disposer les faits à son gré, pourvu qu'il conserve à son action la vraisemblance, à ses héros leurs caractères. Dans la tragédie de La Calprenède, Mithridate, galant pour sa femme après vingt ans d'union, bavardant toujours, et n'agissant presqu'' jamais, meurt au dénouement avec le plus grand respect pour l'histoire. Racine au contraire a pris parmi les faits ceux qui convenaient à son action, et négligé les autres ; mais il a conservé à son héros sa véritable figure.