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Son langage est parfois bien ridicule

Pour mon [iliis j^rand bourreau je ne veux que mes ïlih ■ Je ne veux qu'calUndor ces objet! pitojables.

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Lequel a mieux observé la fidélité historique? Nous n'hésitons pas à dire que c'est Racine, nous qui vivons dans un siècle où l'on a enfin compris que l'histoire ne consiste pas dans une liste de dates et dans une série de faits, mais dans l'étude approfondie des diverses civilisations, des institutions et des mœurs.

L'histoire de Rome ne nous montre pas de figures plus curieuses, pluà intéressantes que celles de Hannibal et de Mitliridate. Grands par leur audacp, par leurs talents, par leur haine, ils ont, comme Napoléon, trouvé dans leur défaite même une gloire qui les grandit encore à nos yeux. La fortune leur a tout donné, même le malheur. Dans l'Iliade notre admiration reste partagée entre Hector et Achille, jusqu'au jour où la victoire du fils de Pelée fait pencher nos cœurs vers le fils de Priam. La défaite de Mithridate l'a de même sacré pour nous. C'est un de ces intrépides défenseurs de la liberté qui tombent vaincus et mourants pour elle, mais qui sont salues par leurs vainqueurs eux-mêmes et par la postérité. Pompée fit ensevelir avec honneur le corps de Mithridate, et nous qui ne voyons le roi de Pont que dans le lointain des siècles, nous sommes portés à oublier le despote oriental, pour ne nous rappeler que l'adversaire implacable dd despotisme romain, le héros auquel Appien a rendu hommage dès le début de son histoire :

« J'estime ceste guerre moult grande, et la victoire encores plus grande, pour laquelle Pompée, qui fut chef en icellc, est encores aujourd'hui à bonne cause surnommé le Grand, attendu la multitude et grandeur des pays, provinces et nations qu'il subjugua à l'Empire Romain : et aussi la longueur du temps que dura icelle guerre, qui furent plus de quarante ans. Et pareillement l'audace, la constance et tolérance de Miiliridates, contre lequel il cui aft'aires, lequel les Romains trouvèrent puissant en toutes choses. Car il avoit en son armée de mer plus de quatre cens navires siens, et si avoit cinquante raille combatans de cheval, et deux cens cinquante mille de pied, ensemble la quantité et munitions d'artillerie, et d'autres instrumens nécessaires à la guerre, à la proportion du dict exercite. Et si avoit en son oxercite les Rois, et les Princes d'Arménie, et les Scythes qui habitent sur le Pont-Euxin, et sur la palu .Meotide, lesquels par eau peuvent venir jusqucs au Bosphore de Trace. Et non pourtant les Romains, lorsqu'ils eurent celle guerre contre le dit Mithridates, avoient grandes guerres et dissentions civiles entr'eux. Et outre ce il avoit envoyé en Iberic pour esmouvoir celle province contreux, et si avoit faict amitié et alliance avec les Celtes, au moyen de quoy il avoit troublé et inquiété par ses escumeurs et corsaires de mer, noa pas l'Italie tant seulement, mais toute la mer, qui est depuis Sicile jusques aux colonnes d'Hercules, en manière qu'elle n'estoii seure ne navigable, dont plusieurs citez estoient reduicces îi grande nécessité de vivres. Et de faict, il semble qu'iceluy homme ne laissa rien à penser ne ;\ faire pour troubler par celle guerre tous les peuples depuis Orient jusques en Occident, les uns ayans la guerre en leurs

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pays, les autres donnans aide à l'une des parties, les autres estans molestez par larrecins et pilleries, et les voisins aux lieux où estoit la guerre. Tant fut ceste guerre grande et variable, laquelle finablenient remeit les Romains h, si grand Empire, que les limites de leur obeysance s'estendoient depuis l'Occident jusques h la rivière d'Eufrates '. »

Corneille, s'il avait traité ce sujet, eût fait deMItliridate un liéros impeccable, une sorte de Bayard, qui t^ùl sans doute forcé l'admiration plutôt que soulevé la terreur. Rappelons-nous comment il a compris le personnage de Nicomède, et comment il l'a mis h. la scène. Nous aurions applaudi un iiôros beau parleur, grand peut-être autant par la faiblesse de ceux qui l'entourent que par sa grandeur propre, et dont l'audace ironique n'aurait peut-être porté la marque ni d'une contrée particulière ni d'un siècle déterminé. Ce n'est point ainsi que Racine a conçu son personnage. Il n'a point prétendu créer un Mithridate; il a tenté de ressusciter le véritable, avec ses grandeurs et ses faiblesses ; et voilà pourquoi son héros a des astuces et des perfidies qu'on lui a reprochées. Le poète a voulu chercher l'homme sous l'intrcpide monarque qui lutta contre l'invasion romaine avec autant d'ardeur que Vercingétorix "- ; mettant en relief ses étonnantes qualités, il a entendu ne point dissimuler ses défauts et ses moeurs; tentative hardie, malgré quelques timidités d'exécutinn, curieuse en tous cas, et qui ne peut être étudiée qu'avec bienveillance à une époque où sont en honneur tous les essais de ce genre ^.

1. Appiek, De la r/uerre MithridatiqitP, frnd. Claude de Scyssel, I.

2. Voici, d'apri's Montesquieu (Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence, vu), les causes qui ont permis à Mithridate de résister si lonn:temps à la fortune des Romains : « La situation de ses Ktats était admirable pour leur faire la guerre. Ils touchaient au pays inaccessible du Caucnse, rempli de nations féroces dont on pouvait se servir; de là ils s'étendaient sur la mer du Pont : Mithridate la couvrait de ses vaisseaux et allait continuellement acheter de nouvelles armées de Scythes; l'Asie était ouverte à ses invasions; il était riche, parce que ses villes sur le Pont-Euxin faisaient un commerce avantageux avec des nations moins industrieuses qu'elles. Les proscriptions, dont la coutume commença dans ces temps-là, obligèleiit plusieurs lîomains de quitter leur patrie. Mithridate les reçut à bras ouverts ; il forma des légions, où il les fit entrer, qui furent ses meilleures troupes. Enfin les villes de Grèce et d'Asie, voyant que le joug des Romains s'appesantissait tous les jours sur elles, mirent leur confiance dans ce roi barbare, qui les appelait à la liberté. »

3. Théophile Gautier, le 8 novembre ISi7, rendait, à propos d'une reprise de Mitliridaie, justice à la conception de notre poète : « Mithridate est une des pièces les plus màles et les plus vigoureuses de Racine. Comme dans certaines peintures de Raphaël on sent l'influence de Michel-Ange, aux musculatures en saillie, aux attitudes puissamment contournées, au luxe de science anatomique; de même, dans la pièce du poète, on devine la préoccupation où il était de Corneille; In caractère du vieux roi do Pont, cet implacable ennemi de Rome, est tracé avec une rare énergie. Racine, sans doute, accusé de mollesse par la critique de son temps, a voulu prouver qu'il pouvait, lui aussi, accuser à srrands traits une fisure sévère. Quelle hautaine physionomie que celle de ce roi barb.iri». qui, pour nu tire à l'abri de toutes chances sa haine contre le rom romain, habitue lentenunt son corps au poison, et qui, dans sa cruauté aiiatique, mélo 1«» meuvtrei de femmei à ses projets d'ambition et de conquêtes ! »

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Un hi'^torien, que nous avons ou déjîi plusieurs fois l'occasion do citer, nous a laissé de !Mithridate un poiirait qui, pour ctr.- incomplet, ne nous en trace pas moins les grandes lignes de cette gigantesque figure 1 : « Il fut grand de corpulance, ainsi que l'on dict, et qu'on peut veoir à la grandeur de son liarnois qu'il envoj-a en Delphos : et fut d'une si belle complexion, qu'il ne fut quasi jamais malade tant qu'il vesquit; et jusques h. la fin de ses jours chevauchoit rudement tous chevaux et jectoit dars et autres traits, et si faisoit en un jour sur divers chevaux apostez en divers lieux mille stades. Il chassoit et conduisoit tout seul un chariot à seize chevaux ; il estoit sçavantdes sciences et disciplines des Grecs, et pour ceste cause sacrifioit â leur mode, et si aimoit fort la musique. Il estoit sobre en plusieurs choses, et patient en tous labeurs ; mais aux femmes seulement estoit trop abandonné. » Il nous est maintenant aisé de juger ce que 'éducation et les mœurs orientales avaient dû faire d'un prince doué d'une telle complexion et de semblables gcûts. On devine où pouvait entraîner ses soldats un homme sur qui les fatigues et les maladies n'avaient aucune prise, dont l'ivresse et les orgies ne troublaient jamais la raison, qui soulevait son armce-par la promesse et par la certitude du succès et de la gloire, et dont on savait la colère terrible. On se rappelait qu'il avait fait en un jour massacrer dans l'Asie Blineure cent cinquante mille citoyens romains, qu'après sa défaite dans les eaux de l'île de Zacynthe, sa cruauté soupçonneuse avait versé le sang de ses alliés -, et que ses fureurs jalouses s'étaient à plusieurs reprises portées sur ses fils mêmes. Par enthousiasme pour son audace et par crainte de sa férocité, l'Asie marchait docile à la suite de ce prince, qui réunissait à la valeur intrépide d'un Charles le Téméraire l'astuce cupide et cruelle d'u:i Louis XI. C'est bien sous cet aspect que Racine nous a présenté son héros.

Mais il est une autre face du caractère que le poète n'a pas non plus laissée dans l'ombre : l'amour habitait dans ce cœur à côté de la haine. Sous le ciel ardent de l'Asie .Mineure, les passions atteignent une fougue et une impétuosité que ne connaiss ut point nos contrées plus tempérées et notre civilisation plus britannique. Quel devait donc être l'effet d'un amour de ce genre sur un homme d'un tempérament robuste et sain, qui se livrait au penchant de son cœur avec d'autant plus d'emportement qu'il était vieux et malheureux. Son

i. Appies. De laf/ucrre Mithridaftque, trad. Claude de Seyssel, XV.

2. « Doublant que pour celle detlaicle plusieurs ne se réToÙassent contre luy, les uns tout incontinent, et les autres quand ils verroient leur oceasion. feit assembler tous ceux qui luy estoient suspects avant le commencement de la guerre, mesmcment les Tetrarques et Princes des Calâtes, qui avaient esté en son armée comme ses amys. et tous ceux qui lui estoient désohéissans. lesquels il feit trestous mourir, ensemble leurs femmes et enfans, excepté trois tant seulement qui s'enfuyrent : assavoir les uns par aucuns de ses soldats qu'il envoya pour les meurtrir par aguct, et les autres qu'il feit assembler en son logis, et après les feit bâcher "en pièces. Car bien luy sembloit qu il n'y auroit aucune seurté en son cas quand Sylla s'approcheroit de luy. Et si print tous leurs biens, » [Ibid.)

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amour grandit de sa rngc, et sa rage de son amour. Et voilà que cet amour, qui éclairait d'un rayon de bonheur sa défaite et sa vieillesse, cet amour que \d farouche soldat exprimait avf^c cette délicatesse de langage duc au commerce des doux poètes de l'Ionie, cet amour est trahi ! Mithridate s'aperçoit que sa passion est subie par Monime; on lui révèle que sa maîtresse aime son fils ! Ainsi le même jour a détruit la fortune et brisé le cœur du vieux roi ; mais si les défaites n'avaient point abattu sa fierté, la jalousie en triomphe, et le liéfos s'abaisse à la ruse: il trompera Monime pour découvrir les véritables sentimr-nts de son cœur, pour s'assurer d'un malheur auquel il ne peut encore croire. Ici la comparaison avec l'Avare s'offre d'ellemême, et tons les critiques l'ont saisie ; pour blâmer Racine, on a mis sur le même plan Mithriilate et Harpagon ! Nous allons donner la scène do Molière ', rappelant que la situation est identique, et nous réservant ensuite de marquer les différences profondes qui séparent les deux scènes toutes semblables en apparence.

« Haiipagon. Or ça, intérêt de belle-mère à part, que te semble, à toi, de c(,'tte personne?

Cléante Ce (|ui m'en semble?

Hai'.pagon. Oui, de son air, de sa taille, do sa beauté, de son esprit.

Cléante. Là, là.

Haupagon. Mais encore?

Cléante. A vous en parler franchement, je ne l'ai pas trouvée ici ce q>i3 je l'avais crue. Son air est de franclie coquette, sa taille est a scz gauche, sa beauté très- médiocre, et son esprit des jilus communs. Ne croyez pas que ce soit, mon père, pour vous en dégoiiter; car, belle-mère pour belle-mère, j'aime autant celle là qu'une autre. Harpagon. Tu lui disais tantôt, pourtant...

Cléante. .Te lui ai dit quelque douceur en votre nom, mais c'était pour vous plaire.

Harpagon. Si bien donc que lu n'aurais pas d'inclination pour elle? Cléante. Moi? point du tout!

Harpagon. J'en suis fâché, car cela rompt une pensée qui m'était venue dans l'esprit. J'ai fait, en la voyant ici, réflexion sur mon âge; et j'ai songé qu'on pourra trouver à redire de me voir marier à une si jeune personne. Cette considération m'en faisait quitter le dessein; et comme je l'ai fait demander et que je suis pour elle engagé de parole, jo to l'aurais donnée, sans l'aversion que tu témoignes. Cléante. A moi?

Harpag iN. A toi.

Cléante. En mariage?

Harpai;ox. Imi mariage.

Cléante. Écoutez. Il est vrai qu'elle n'est pas fort à mon goût!

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