‹ Théâtre completChapitre 231 sur 592 · V, ui · texte numérisé non relu

V, ui

i:'i8 MITllRIDATE.

mais, pour vous laire plaisir, mon père, je me résoudrai à l'épouser, si vous voulez.

Harpagon. Moi, je suis plus raisonuable que tu ne penses. Je ne veux point forcer ton inclination.

Cléante. Pardonnez-moi ; je me ferai cet effort pour l'amour de vous.

Harpagon. Non, non. Un mariage ne saurait être heureux, où l'inclination n'est pas.

Cléante. C'est une chose, mon père, qui peut-être viendra ensuite; et l'on dit que l'amour est souvent un fruit du mariage.

Harpagon. Non. Du côté de l'homme, on ne doit point risquer l'affaire ; et ce sont des suites fâcheuses, où je n'ai garde de me commettre. Si tu avais senti quelque inclination pour elle, à la bonne heure ; je te l'aurais fait épouser au lieu de moi ; mais, cela n'étant pas, je suivrai mon premier dessein, et je l'épouserai moi-même.

Cléante. Eh bien, mon père, puisque les choses sont ainsi, il faut vous découvrir mon cœur ; il faut vous révéler notre secret. La vérité est que je l'aime depuis un jour que je la vis dans une promenade ; que mon dessein était tantôt de vous la demander pour femme, et que rien ne m'a retenu que la déclaration de vos sentiments et la crainte de vous déplaire.

Harpagon. Lui avez vous rendu visite' ?

Cléante. Oui, mon père. ' 0

Harpagon. Beaucoup de fois?

Cléante. Ass:^z, pour le temps qu'il y a.

Harpagon. Vous a-t-on bien reçu ?

Cléante. Fort bien, mais sans savoir qui j'étais ; et c'est ce qui a fait tantôt la surprise de Mariane.

Harpagon. Lui avez-vous déclaré votre passion, et le dessein où vous étiez de l'épouser?

Cléante. Sans doute, et môme j'en avais fait h sa mère quelque peu d'ouverture.

Harpagon. A-t-elle écouté, pour sa fille, votre proposition?

Cléante. Oui, fort civilement.

Harpagon. Et la fille correspond-elle fort h votre amour?

Cléante. Si j'en dois croire les apparences, je me persuade, mon père, qu'elle a quelque bonté pour moi.

Harpagon {bas à purt). Je suis bien aise d'avoir appris un tel secret ; f't voilà justement .ce que je demandais. {H nid) Or sus, mon fils, savez-vous ce qu'il y a? C'est qu'il faut songer, s'il vous plaît, à vous défaire de votre amour, à cesser toutes vos poursuites auprès d'une personne que je prétends pour moi, et h vous marier dans peu avec celle qu'on vous destine.

Cléante. Oui, mon père ; c'est ainsi que vous me jouez ! Eh bien, puisque les choses sont venues là, je vous déclare, moi, que je ne

\. Remarquez qu'Harpagon cesse de tutoyer Cléante.

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quitlerji point la passion que j'ai prise pour Mariane; qu'il n'y a poinf d'cxtrcmilé où je m'abandonne pour vous disputer sa conquête; et que, si vous avez pour vous le conseniement d'une mère, j'aurai d'autres secours, peut-être, qui combattront pour moi.

Haupagon. Comment, pendard! tu as l'audace d'aller sur mes brisées I

Cléante. C'est vous qui allez sur les miennes, et je suis le premier en date.

Harpogon. Ne suis-je pas ton père et ne me dois-tu pas respect?

Cléante. Ce ne sont point ici des clioses où les enfants soient obligés de déférer aux pères, et l'amour ne connaît personne.

Harpagon. Je te ferai me connaître avec de bons coups de bâton.

Cléante. Toutes vos menaces ne feront rien.

Harpagon. Tu renonceras à Mariane.

Cléante. Point du tout.

Harpagon. Donnez moi un bâton tout à l'heure. »

La môme situation, dans deux drames différents, peut, selon certaiiies circonstances particulières, selon le caractère des personnages, produire des impressions tout h fait opposées : « En partant du même point, dit avec raison Tliéopliile Gautier, deux poètes peuvent arriver l'un à la gaieté la plus folle, l'autre h la plus liaute terreur, selon qu'ils suivent le chemin de la comédie ou de la tragédie. Le sujet des Précieuses ridicules est le môme que celui de lîinj-Blcs : un laquais recouvert de l'iiabii de son maître, qui fait la ccu» à une femme dans une position supérieure, et (|u'on démasque ai dénouement. Et pourtant quelle immense différence dans le résultat ! » C'est un procédé de comédie bien connu que celui qui consisi« à cacher un personnage derrière une tapisserie, où il écoute ce que disent les acteurs en scène : Elmire contraint Orgon à se dissimuler sous la table tandis qu'elle va recevoir Tartuffe; nous avons ri à celte scène et à bien d'autres semblables; qui songe à rire lorsque Néron assiste k l'entrevue de Junie et de Britannicus? On sait que Néron n'est content qu'à la vue des pleurs et du sang; ce jeu cruel nous fait donc trembler, car, pour emprunter deux beaux vers à Soumet,

On ne voit dominer dans la profonde salle Que de ISéron absent, l'image colossale.

De même, la situation, qui est comique dans VAvare, où la rivalité du père et du fils ne peut amener que des incidents plaisants , emprunte ici au caractère de Mithridate une horreur tragique. Le spectateur, instruit à l'avance que le roi ne songe h rion mo ns qu'au meurtre de son fils, suit, le cœur palpitant, les inceriiiudes de Moniine, et voudrait arrêter sur ses lèvres l'aveu qui est un arrêt de mort. On a tué la tragédie française en blâmant des scènes comme celle-ci ; si la terreur est produite, qu'importe par quel moyens

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pourvu que la vérité des caractères soit conservée? Celte feinte do Slithridate termine et complète le portrait piint par Racine; elle dégrade assez le roi pour nous rendre tout h fait odieux son amour, et d'autre part la sinccriic môme et la violence de cet amour, excusant jusi|u'à un certain point le farouclie vieillard, nous laissent pour lui cette admiration que veut nous faire éprouver le poète, et que ressent Monime cllf'-même. Corneille n'avait pas craint d'abaisser jusqu'à la familiarité le langage du barbare Attila; Racine n'a pas redouté, en nous montrant les côtés les moins nobles du caractère de Mitliridate, d'humaniser un peu la tragédie, c'est-à-dire de la faire descendre de ses hauteurs de convention et de la rapprocher de nos mœurs. Le xviii"' siècle ne suivit pas Corneille et Racine dans cette voie, où la tragédie aurait rencontré peut-être plus de chances de longévité.

Pour nous, si quelque partie du rôle de Mithridate nous paraît prêter le flanc à la critique, c'est la dernière. Malgré l'habileté avec laquelle le poète, préparant son dénouement, nous a montré, durant tout le cours du drame, la haine du vieux roi contre Rome plus violente encore que son aniour pour Monime, nous n'admettons point que la recor.naissance du héros l'eniporte à la dernière scène sur la jalousie de l'amant, et nous nous associons dans une certaine mesure aux éloges ironiques dont le Mercure a salué ce dénouement*. IMithridate, dans Appien, pardonne à Pharnace, son fils chéri, qui l'avait trahi comme roi; il ne lui eiît point pardonné s'il l'avait trahi comme amant. Ce dénouement nous prouve que Racine a réglé sa pièce d'après la logique du théâtre, qui n'est pas toujours celle de la nature. Ce Mithridate si original et si terrible dans les premiers actes finit en héros banal de tragédie, et le poète a oublié que dans ce cœur, dont il nous avait fait voir tous les replis, il n'y avait point de place pour la clémence 2.

1. Le père Brumoy veut que Racine ait imité le dénouement des Trachiniennes de Sophocle ; dans la pièce greCiiue, Hercule mourant ordonne à son ûls Hjllus d'épouser la jeune lole, qu'il aimait lui-même :

TaÙTT|V, è|».ojf OavôvToç, etmj tùfftfitïv

Jlr.î' «Xao; à/SfSv Toïç tuoiç cXsujoT? oOoî KXiOeïffav aOtîjv àvT'V ffoO AaÇï] tote, "AXV ajTÔ;, 5 -•iî, tojto XT,5t'J(70v "/.s'/o;.

Mais la situation est bien différente; Hyllus n'aime pas lole, et la refuse tout d'abord ; Hen'ule n"a janiai? été jaloux de son fil*; i! n'y a en somme aucune ressemblance entre les Tracldnienncs v\. Mithridate.

2. Au dénouement de son drame des Noces d'Attila, représenté avec succès dernièrement à l'Odéon, M. de Bornicr, qui voidait sauver l'épouse d'Attila, la vertueuse Hildiira. a eu recours à un subterfuge. La loi des Huns ne rend pas d'honneurs au corps de l'homme qui a péri sous les coups d'une femme ; aussi Attila, sriignan; de la blessu-" mortelle que vient de lui faire h reine, mais voulant faire croire qu'il s'est frappé de sa propre main, la il^fend lui-même contre les fureurs du peuple, et m-urt en la protésreant. Du moins ne la donnet-il pas lui-mrm^ à son fils, qui en est ppris. Le dénouement des Noces d' Attila nous semble plus logique que celui de Mithridat"

NOTICE SUR MITIIRIDATE. ^gi

Ce dénouement était en partie imposé à Racine par rnlémont romanesque qu'il a introduit dans sa tragédie, et qu'il nous reste h apprécier. Les historiens anciens nous disent que Miiliridato-, avait sa! rifié à ses craintes plusieurs de ses femmes, et trois de ses fils. Racine a ressuscité deux d'entre ces victimes, Monime et Xipharè;:, et uni leurs mains sur le corps de Mitliridate. Il suppose que Monime, donnée sans amour à Mitliridate par ses parents, a été, comme on l'aurait dit il y a deux siècles, épousée par procuration; elle a été amenée par Arbate à Nymphée, juste an moment où la guerre en arrachait, Mitliridate, et la douce jeune fille, sans appui, sans protecteur, loin du sa patrie qu'elle pleure, reste de longs mois livrée à elle-même, sentant le sacrifice s'augmenter de l'attente môme du sacrifice. Le bruit de la mort de Mitliridate conduit à Nymphée Xipharès, qui aime depuis longtemps Monime, et que Monime aime en secret; voilà le roman engagé. Des deux personnages qu'il met en scène, l'un, Xipharès, avec la douceur élégante de sa parole et l'exquise politesse de sa tenue, mérite, à cause de sa délicatesse même, les reproches qui lui ont été adressés. Ce n'est point là le fils du roi de Pont ; ce personnage n'a point les mœurs de son pays et de son temps; il est contraire à la vérité historique. Monime, elle,, est une des plus pures et des plus gracieuses créations de Racine. C'est, dans une pièce qui n'est point imitée du grec, la figure la plus grecque que le poète ait dessinée, et à la mélancolie attendrie d'une fille d'Ionie elle joint la fierté vaillante d'une femme de Corneille. Issue, comme toute héroïne tragique qui se respecte , de glorieux ancêtres , elle a reçu avec leur sang une mâle vertu, qui l'élève au-dessus du reste des filles grecques. Philopœmen, son père, a péri sous les coups des Romains, parce que Monime allait devenir l'épouse de Mitliridate ; dans sa haine des Romains, Monime puise une vive admiration pour leur implacable ennemi, et même cette admiration se changerait facilement en an'i'Clion, si Mitliridate consentait réellemimt à. la donner à Xipharès. Lorsque le roi l'a trompée par un indigne artifice, pMh change tout h coup d'attitude en face de lui; l'hymen qu'elle acceptait, elle le refuse : elle se donnait sans amour, elle ne se donne pas sans estime. Mais dès que Mitliridate aura réparé sa faute, dès qu'il se sera relevé à ses yeux, Monime oubliera tout; elle épargnera aux regards mourants du vieux roi le spectacle de sa joie, et ne lui fera entendre que des paroles d'admiration :

Vive/,, Seigneur, vivez, pour le bonheur du monde, Et pour sa liberté qui sur vous seul se fonde î

Elle a l'âme si noble et si fière que Mithridate grandit encore à nos yeux des sentiments qu'il lui inspire, et que, d'autre part, il est permis d'affirmer que dans l'amour de Monime pour Xipharès il entre beaucoup du son admiration pour Xipharès et pour Mithridate lui-même. C'est à cette générosité d'âme, c'est à la façon dont elle

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obéit au devoii' qui lui ordonne de dire adieu à celui qu'elle aime et dont elle est aimée que Monime doit son allure cornélienne '. Mais Racine n'a point oublié qu'il faisait parler une fille d'Ionie :

Ephèse est mon pays ;

tels sont les premiers mots que prononce Monime, alors qu'elle veut se peindre à Pliarnace tout entière. Une actrice, qui dut son succès retentissant et prolongé, non pas à l'engouemeat de la mode, mais à une élude forte et approfondie de son art. Mademoiselle Clairon, a laissé dans ses Mémoires quelques pages excellentes sur Monime, dont on retrouvera la plus grande partie dans nos notes, et ces pages commencent par des considérations sur Téducalion que recevaient les jeunes filles de la Grèce. Ce n'est point là un exorde brillant et académique; il est tiré du fond môme du sujet. La timide Monime, élevée dans l'ombre du gynécée, d'où elle n'est sortie que couverte d'un voile pour figurer dans quelque fête religieuse, ne songe point à protester contre l'ordre de ses parents ; elle obéit à, son destin, sans se plaindre; que sert aux mortels de se révolter contre la fatalité 2 ? Elle souffre et elle pleure, mais tout bas ; de là cette grâce touchante, et ce charme mélancolique ; et de là aussi l'énergie singulière que prendront au IV* acte les protestations prononcées par Monime avec une fermeté douce ; point de cris, comme serait en cas pareil tentée d'en pousser une héroïne de Corneille; les cris et les injures sont quelquefois un signe de faiblesse ; à quoi bon des plaintes et des reproches, quand on est résigné à mourir ? Et Monime a pris cette résolution. Elle ne la jette pas à la face de Mithridate, en grands vers pompeux ; elle la laisse entendre, simplement; mais qui connaît Monime la comprend à demi-mot :

Et le tombeau, Seigneur, est moins triste pour moi Que le lit d'un époux qui m'a fait cet outrage.

La mort est pour elle une délivrance ; aussi voit-elle venir avec joia la coupe empoisonnée :

Dites, dites, Arcas, au Roi qui me l'envoie Que de tous les présents que m'a faits sa bonté Je reçois le plus cher et le plus souhaité.

Jouet infortuné du sort, elle subit le malheur, sans avoir en rien mérité ses persécutions. Notre théâtre tragique a des figures aussi pures; il n'en a pas d'aussi touchante que Monime; mais il n'est pas aussi de rôle plus terrible à aborder pour une actrice.

1. On a souvent, et à bon droit, comparé Monime à la Pauline de Pohjructe ; on peut à toutes deux comparer la Zénobie que Crébillon a peinte dans sa tragédie de Rliadamisthe et Zénobie. L'âpre rudesse de Crébillon s'est adoucie pour di'ssiner ces traits gracieux, et cette chaste figure attire encore l'attention après celles de Pauline et de Monime. On trouvera citées dans nos notes quelques parties du rôle de Zénobie.

'1. Nous trouvons cette idée très ingénieusement développée dans une étude inédite sur Monime de M. Paul Morillot, professeur de rhétorique à Ycsoul,

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La grandeur du caractère de Mitliridate et le cliarme de celui de Monime furent cause que la partie historique et la partie romanesque de la tragédie contribuèrent h égal titre h en assurer le succès ; Robinet, dans sa Gazette, nous en donne un témoignage précis, déclarant que l'auteur

A ce sujet fort bien traité ; Et qu'on y peut en vérité Quantité de ^Tands vers entendre, Et quantité d'un style tendre.

On admirait cette langue qui, clans certaines scènes, rivalisait d'énergie avec la langue de Corneille, et qui, dans certaines autres, savait trouver une délicatesse d'expression égale à la délicatesse des sentiments; tout le monde était de l'avis de Madame de Coulanges, qui écrivait, dès le 2i février l(i73, à son amie, la marquise de Scvigné : « Mitliridate est une pièce charmante. On y pleure; on y est dans une continuelle admiration. On la voit trente fois, on la trouve plus belle la trentième que la première. » Le roi, qui avait une affection toute particulière pour cette tragédie, comme le mentionne Dangeau dans son Joumnl, à la date du5 novembre IGSî, la fit représenter assez souvent à la cour i. Lorsque Monsieur donna, le 4 mai 1673, une fêle brillante à Saint-Cloud pour Madame de Guise, pour h; duc de Montmouth, récemment revenu d'Angleterre, pour la princesse de Monaco, et l'ambassadeur et l'ambassadrice d'Angleterre, la Gazette nous dit que « l'on entra dans un salon exlraordinairement éclairé, et paré d'une merveilleuse profusion de fleurs dans des vases et cuvettes d'argent; et la compagnie y fut trèsagrcablement divertie de la représentation de Mitliridate du sieur Racine par la seule troupe Royale. » C'est encore sur la même scène que Monsieur et Madame firent représenter Mithvidate, lorsqu'ils reçurent h Saint-Cloud, le 9 mai 1680, la nouvelle Daupliine : a Après le souper, dit le Merciue (jalanl, toute la cour passa chez Madame, où l'Hôtel de Dourgogne joua le Mitliridate de M. Racine avec la petite comédie du Deuil. Le lieu qui devait servir de théàtro était préparé dans l'ancien salon. Des paravents d'une très-grande beauté, entre lesquels étaient des guéridons d'argent, portant dts girandoles garnies de bougies, faisaient la décoration de ce théâtre. Entre chaque guéridon on voyait des pots remplis de toutes sortes de fleurs avec des vases et des cuvettes d'argent. Au fond du théâtre, il y avait une manière d'amphithéâtre dressée dans la grande croisée qui regarde Paris. Cet amphithéâtre était plein de girandolt s garnies de bougies, de vases, d'autres ouvrages d'argent remplis de fleurs. » C'est au milieu d'un décor semblable

1. Mithridate était, comme Nicomrde, une pièce qui devait plaire aux soldats. Aussi, lorsqu'on 1604, ;i Oiiéiicc, au Canada, le comte de Frontenac, pouvcrmur et lieutenant général pour le roi, onsragoa, en déjiit de l'évèque, les jeunes officiers à jouer la comédie pour se distraire, les deux pièces choisies furent Nicomède et Mithridate,

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qn'Ijj/'igênie parut pour la première fois : le cadre aide à comprendre certains détails du tableau ; l'élégant costume de Monime et dlphigôiiie nous prépare aux délicatesses de leur cœur.

A la ville, MU/tridate n'avait pas moins de succès qu'à la cour. De 16S0 h nOO, JI. Despois en a compté 91 rei)résentations. Seules, Phèdre ci An'ironiaque en ont lourni un plus grand nombre. Depuis l'année 1700 jusqu'à la Révolution, si Mitkridule est loin d'atteindre la vogue des Pluidewx, et d'exciter l'admiration toujours croissante qui entoure Phèdre, si cette tragédie est jouée un peu moins souvent qnl/jhigéîiie et qn' A ?idrotnaque, elle compte cependant à la ville 2ôâ représentations. Elle n'avait pas encore été reléguée au nombre des tragédies dites de second ordre , et vouées par cela même à rinditïérence du lecteur. Nous avons trouvé à la bibliothèque de Tours i une parodie de la dernière scène de Mitln idate écrite au xviii' siècle. Si nous la citons ici, bien qu'elle soit d'une incontestable médiocrité, c'est qu'elle atteste qu'on lisait beaucoup au xviii' siècle Mithridate et Ipliigénie, dont une scène, la dispute entre Achille et Agamemnon, est également parodiée dans ce manuscrit 2. Lorsque la satire politique veut s'exercer aux dépens de quelqu'un, elle doit, sous peine de perdre son temps, cherclier, pour la parodier, une pièce que tout le monde connaisse, ou bien la plaisanterie perd son sel. Les interloculeurs de cette scène sont le Roi et les cardinaux de Tencin et Fleury ;

LE ROI

Ah ! Que vois-je ! Monsieur, quel état est le vôtre!

LB CARDINAL FLECRÏ.

Cessez et retenez vos larmes l'un et l'autre.

Mon sort de sa tendresse et de votre amitié

Veut d'autres sentiments que ceux de la pitié ;

Et ma gloire, plutôt digne d'être admirée,

Par les pleurs de mon Roy n'est que trop honorée.

J'ai régi a os Etats autant que je l'ai pu.

La moit dans ce projet m'a seule interrompu.

Ennemi des Seigneurs et de leur tyrannie,

Je nai point de leur joug subi l'ignominie ;

Et j'ose me flatter qu'un ministre fameux,

Qu'une pareille haine a signalé contre eux,

N'a pas plus abaissé leur orgueil et leur gloire,

Et de jouis m:ilheureux plus rempli leur histoire.

Le ciel n'a pas voulu qu'aclie\ant mon dessein

J'aie (sic) mis avant ma mort à ma place Tencin.

Mais du moins quelque jnie en mourant me console :

Je meurs environné d'ennemis que j'immole.

J'ai signé de Kouquct l'exil de cette main.

Et mes derniers regards ont proscrit Chauvelain.

A ce cher cardinal je dois celte fortune ;

Il épargne à mes jeux leur présence importune.

Que ne puis-jc payer ce service important

1)0 tout ce que ma place eut de plus éclatant?

l''iédéric soutiendra bien [sic) le poids de la Couronna

A Votre Majesté souffrez que je le donne ;

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