ACTE III, SCÈNE I. 2 2 S
Que du Scythe avec moi l'alliance jurée
De l'Europe en ces lieux ne me livre l'entrée? 800
Recueilli dans leurs ports, accru de leurs soldats,
Nous verrons noire camp grossir à chaque pas.
Daces, Pannoniens ', la fière Germanie,
Tous n'attendent qu'un chef contre lu tyrannie.
Vous avez vu l'Espagne ^, et surtout les Gaulois ', 805
Contre ces mêmes murs qu'ils ont pris aulreFois
Exciter ma vengeance, et. jusque dans la Grèce,
Par des ambassadeurs accuser ma paresse.
Ils savent que sur eux prêt à se déborder,
Ce torrent, s'il m'entraîne, ira tout inonder; SiO
Et vous les verrez tous, prévenant son ravage *,
Guider dans l'Italie et suivre mon passage ".
C'est là qu'en arrivant, plus qu'en tout le chemin , Vous trouverez partout l'horreur du nom romain ®,
toute cette scène est la preuve de la violente passion quil a montrée lorsqu'il a dit d'abord :
A mes nobles projets je vois tout conspirer.
Loin d'y conspirer, tout s'y oppose, puisqu'il vient d'es'îiiyer une très grande défaite, qu'il csi fugitif et voisin du naufrai/e, et qu'il n'.i plus d'amis, comme il l'avoue encore; m:iis n'importe, il veut se persuader qu'il mènera son armée en trois mois à Rome. 11 faut être bien malheureux en critique pour reprendre dans une scène si belle ce qui en fait la principale beauté. »
1. Les Daces et les Pannoniens occupaient les pays qu'habitent aujourd'hui les Valaques et les Hongrois.
2. Florus dit, en parlant de Sertorius (III, xxii) : « Ad Mithridatem quoque Ponticosquc respexit, regemque classe juvit. » Cicéron dit au contraire dans le Pro Murena (XV), ainsi qu'Appien (Irad. Claude de Seys<el, XV), que c'est Mithridate qui songea à joindre ses troupes à celles de Seriorius. 11 y avait d'ailîeurs, au moment où Milhridate périt, plusieursannées que la guerre de Sertorius était terminée. C'est une :iulre guerre que le roi de Pont espérait rallumer en Espagne, et d'-éron assure dnns son f'ro Icge ManiUa (IV) que c'est lui qui envoya des ambass:ideurs jusqu'en Esp.igne : « L'sque in Hispaniara legatos Ecbatanis misit ad eos duces quiliuscuni tum bellum gerebamus. »
3. « 11 se délibéra de se retirer devers les Celtes, lesquels avoient auparavant esté ses amis et alliez,, et avec eux entrer en Italie, espérint que plusieurs
parties d'iceux seroient contre les Romains Estant adonc Jlillnidntcs en ceste
fantaisie, se prép:iroU pour s'en aller au pavs des Celtes, u (Appibk, De la guerre M thriilalique, Trad. Claude de Seyssel. XV.)
4. Prévenir une chose, c'est souvent, comme ici, aller au-devant d'elle pour la détourner :
Klle prévient ma plainte, et cherche adroitement A la lairo passer pour un ressi'nluiienl.
(ConMEiLLE, Nicomède^ UI, iv.l
5. Ce dernier vers est d'une fierté superbe. Ces peuples alliés marcheront devant Mitluidate pour le guider jusqu'à la frontière italienne, mais là c'est Mithridate qui marchera le premier.
ti . « Jam ipsam Italiam audire se nunquam. ut Rnma condita sit, satis illi pacatam, sed assidue per omnes annos pro liberfale aIio=, ouosdam ctinm pro jure imperii, bellis continuis persévérasse ; et a multis civitatibus Ituliae dcletos
226 MITHRIDATE
Et la triste Italie encor toute iïimante ' 81S
Des feux qu'a rallumés sa liberté mourante ^. i\on, Princes, ce n'est point au bout de l'univers Que Rome fait sentir tout le poids de ses fers; Et, de près inspirant les iiaines les plus fortes, Tes plus grands einiemis, Rome, sont à les portes. 820
Ah! s'ils ont pu choisir pour leur libérateur Spurtacus, un esclave, un vil gladiateur ^ S'ils suivent au comhat des brigands qui les vengent. De quelle noble ardeur pensez-vous qu'ils se rangent Sous les drapeaux d'unlioi longtemps victorieux, 825
Qui voit jusqu'à Cyrus remonter ses aïeux '? Que dis-je? En quel état croyez-vous la surprendre? Vide de légions qui la puissent défendre, Tandis que tout s'occupe à me persécuter, Leurs femmes, leurs enfants pourront-ils m'arrètcr """Z 830 Marchons ^ ; et dans son sein rejetons cetle guerre
Homanorum exercitus ferro, a quibusdam novo contumeliae more sub ju^niii misses. » (Justin, XXXVllI, iv.)