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ACTE III, SCÈNE I

Je l'admire; et jamais un plus hardi dessein 865

Ne mit à des vaincus les armes à la m;iin.

Surtout j'admire en vous ce cœur infatigiible

Qui semble s'affermir sous le faix qui l'accable •.

Mais, si j'ose parler avec sinccrilé,

En êtes-vous réduit à celte extrémité? 870

Pourquoi tenter si loin des courses inutiles *,

Quand vos États encor vous offrent tant d'asiles,

Et vouloir affronter des travaux ^ infinis,

Dignes plutôt d'un chef de malheureux bannis

Que d'un Roi qui naguère, avec quelque apparence *, 873

De l'aurore au couchant portait son espérance,

Fondait sur trente États son trône florissant ^,

Dont le débris est même un empire puissant?

Vous seul, Seigneur, vous seul, après quarante années,

Pouvez encor lutter contre les destinées. 880

Implacable ennemi de Rome et du repos,

Comptez-vous vos soldats pour aulanl de héros"?

Pensez-vous que ces cœurs, tremblants de ' leur défaite,

Fatigués d'une longue et pénible retraite,

Cherchent avidement sous un ciel étranger 885

La mort *, et le travail pire que le danger'?

1. « Attrifae jam omnes validissimi regni vires erant; sed animiis malis augebatur. » (Floiius, III, v.) — « 11 se foilifpi don'' dans son dessein, dit bion Cassius (XXXVll, xi); car plus son corps était affaibli Rt llétri, plus son âme était forte et viSTOui'euse, et la faiblesse de l'un était soutenue par la résolution de l'autre. » Ce passage fait songer à la fameuse pliiafïe de Bossuet dans VOraisnn funèbre de Louis de Bourbon, prince de Condé (l" partie) : i. Trois fois il fut repoussé par le valeureux conite de Fontaines, qu'on voyait porté dans sa chaise, ft, malgré ses inOruiilés, montrer qu'une âme guerrière est maîtresse du corps qu'elle anime. »

2. Cette épithète annonee un développement qui ne va pas se faire attendre.

3. Travaux, dans le stvle noble, désigne f' es exploits pénibles et glorieux; c'est dans ce sens que Thésée dira {Pkcdre, IV, ii) :

San<qiie li mort encor, houleuse à ma mémoire^ De mes uobies travaux vienne auaillcr la gluire.

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