‹ Théâtre completChapitre 376 sur 592 · ACTE IV, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE IV

Pensez-y bien *. J'attends, pour me déterminer.

MONIM'E.

Non, Seigneur, vainement vous croyez m'étonner -.

Je vous connais : je sais tout ce que je m'apprête,

Et je vois quels malheurs j'assemble sur ma tôle ; 1360

Mais le dessein est pris : rien ne peut m'ébranler ".

Jugez-en, puisque ainsi je vous ose parler,

El m'emporte au delà de cette modestie

Dont juscju'à ce moment je n'étais point sortie.

Vous vous êtes servi de ma funeste*main 13G5

Pour mettre à voire fils un poignard dans le sein.

De ses feux innocents j'ai trahi le mystère;

El, quand il Ji'en perdrait que l'amour de son père,

Il en mourra. Seigneur». Ma foi ni mon amour

Ne seront point le prix d'un si cruel détour ^. 1370

Apres cela, jugez. Perdez une rebelle ;

Armez-vous du pouvoir qu'on vous donna sur elle '' :

1. Sublipny, dans sa FoIIp Querelle (HT, i), avait cru railler finement le fameux « Sonr/ez-y bien » de Pyrrhus dans Andromaque (I, iv). Il est probable que Racine s'est peu ému de rette ( ritique, puisque nous retrouvons ici une menace semblable, exprimée de même.

2. Me faire peur, me srlacer d'effroi. — Monime donne raison à La Rochefoucauld : <( Il n'y a que les personnes qui ont de la fermeté qui puissent avoir de la douceur.» — « La première étude qu.' je faisais d'un lole, dit Mademoiselle Clairon dans ses Mémoires (p. 297), était de chercher à lui donner le caractère qu'il exigeait, de chercher ensuite dans ce rôle le coupli;t où ce caractère, une fois reconnu, se ferait sentir avec plus de force. Mon grand plaisir était de riin proposer à moi-même les plus grandes difficultés; je les trouvai dans ces vers :

Non, Seigneur, vainement voiiî voulez m'étonner.

Je vous connaU : je sais tout ce que je iii'.ipptête,

El je voi* qwls malheurs j'a^seuble sur iim tête;

Mais te des''ein est pris : Rien ne pout in'ebianler.

Jii^.'Z-en, piii-qu'Hiii«i je vous use parler,

El m'emporte au delà ite cette modesiie

Dont jusqu'à ce moment je n'étais puiot sortie, etc.

La douceur de mes sons et l'ensemble le plus modeste faisaient le contraste lo plus frappant avec la valeur que je mettais aux mots que j'ai soulJK'nés, et la fermeté qui se peignait sur mon visage. On peut douter des résolutions d'une femme qui s' niporte, mais je crois qu'on ne doit rien espérer de celle qui résiste, sans avoir même l'apparence de l'emportement. »

3. C'est le u M/^ns immola manet >> de Virgile. — Kljraiil'>r quelqu'un, c'est, au physique, le faire changer de place, au moral, le faire changer d'avis.

Page 1