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IT, II

29 8 IPHIGENIE EN TAURIDE.

incolièrences du drame de Giiimond de La Touclie ont été soigneusement conservés par Guillard, à la grande joie de Favart '.

Favart était un liomme d'un réel talent, qui gaspillait dans des œuvres secondaires un esprit vif et charmant. Il a donné de l'opéra de Guillard, sous le titre de Rêveries renouvelées des Grecs, une parodie, qui est un chef-d'œuvre. II suit pas à pas son modèle ; le procédé qu'il emploie constammeHt est de placer dans la bouche de ses personnages la critique de leur propre conduite, et cette critique dénote non seulement beaucoup de bon sens, mais encore un véritable sens littéraire. Nous allons nous arrêter quelques instants à la parodie de Favart, car elle présentera d'une façon piquante tous les reproches qu'on peut adresser à la conception de Guimond de La Touche et à l'imitation de Guillard. Tout d'abord, les caractères sont ridicules, et comment n'en pas être convaincus, lorsque nous entendons la douce Iphigénie soupirer dès le lever du rideau :

Nous vivons dans l'innocence

En égorgeant les luimains.

Ah, Dieux! Pourquoi faut-il. barbares que nous sommes. Contre nos intérêts, sacrifier les hommes? Devais-je me prêter à cette cruauté.

Moi, qui de si bon cœur chéris l'humanité?

lorsque, dès le premier acte 2, ce niais de Thoas dit à Iphigénie :

Vous verrez Si j'empêcherai rien de ce que vous ferez. Vous pourrez me tromper .«sans avoir de l'adresse: Je ne reparaîtrai que pour finir la pièce ;

et lorsque, vers le dénouement 3, il répond à Iphigénie, qui lui demande pourquoi il s'est désintéressé d'événements qui le touchaient de si près :

J'ai dormi vingt-quatre heures ?

i. le livret de Dubrcuil s'écarte plus de la tragédie de Guimond de la Touche; il n'en est pas meilleur. C'est pendant la cérémonie des nuces de Thoas et d'Ipliigénie qu'éclate en scène la tempête qui jette à la (>ôte les deux amis ; c'est en scène que Thoas les ramasse. L'étonnemcnt d'ipliigénie, lorsqu'elle voit Pylade consentir à laisser mourir Oreste, est tellement accentué que la scène en devient ridicule; mais le dénouement surtout ott're une situation vraiment grotesque; Iphigénie et Oreste viennent de se reconnaître, et sont dans les bras l'un de l'autre, quand survient Thoas; le dia!oi;ue est ici un des plus plaisants qu'on puisse imaginer :

THOAS

Que voii-je ?

IPUIGÉNIE.

C'est Tboas.

THOAS

De son sans criminel Lorsque deïrail fuiui;r r.iulel, PciGJe ! diDS te> bras je trouve la «icitme...

Il n'y a plus qu'à se débarrasser de lui; on le fera sans façons :

Dis, pourquoi reviens-tu ?

lui crie Oreste :

Pour se faire tuerl,

reprend Iphigénie avec calme ; mais h ces mots le pauvre monarque fait une si triste figure que la sensible Iphigénie s'émeut et intervient en sa faveur :

Ah! ne le tuez point, il n'en vaut pas la peine 2.

Favart n'a pas l'air de faire beaucoup plus de cas de Pylade que de Tlioas; il nous le montre à son entrée si plein de fierté et d'arrogance qu'Oreste lui dit à l'oreille :

C'est fort mal l'annoncer : à ces mots téméraires On te prendrait pour moi ; gardons nos caractères*.

L'auteur de la parodie ne trouve pas l'action mieux conduite que les caractères ne sont tracés ; ainsi, lorsque Pilade consent à accepter la vie, il dit tout haut à Oreste :

Laisse-moi faire... va... je te délivrerai;

Mais il ajoute à part, en sortant :

Je ne sais pas pourtant comment je m'y prendrai * !

Et quand, au dénouement, il arrive avec ses soldats, Thoas est tout étonné :

D'où diable viennent ils? — On ne le conçoit pas 5,

lui répondent les Scythes, et ils ont raison. Les lenteurs de la reconnaissance exaspèrent Favart; la grosseur des ficelles le révolte ; aussi nous représente-t-il Iphigénie interrompant les explications d'Oreste :

Ne me dites rien davantage;

Ce n'est pas encor le moment :

Je veux réserver l'éclaircissement

Pour le dénouement,

Pour le dénouements.

Mais il est deux choses dans Vlphigénie en Tauride qui divertissent

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