II, X
3. On peut comparer les Rêveries renouvelées des Grecs à VArlcquin-Protée, dont nous citons plusieurs scènes tlans notre iVo/ice sur Bérénice ; on verra tout le chemin fait par la parodie du xvii' au xviii' siècle; la parodie n'en a pas nidins fait du xvi!i° au xii», mais à reculons.
4. Oreste refuse quelque temps de reconnaître sa sœur dans la prêtresse qui lui parie, et il repousse ses caresses avec impertinence.
Gœtlie, bien que sa tragédie ne ressemble presque aucunement h celle d'Euripide ^. Pour lutter avec le poète grec, Gœtlie, au lieu d'imnginer <3e nouveaux incidents, s'avisa de simplifier encore la donnée primitive, et le travail auquel il s'est livré dans ce but a eu pour résultat de déplacer rintcrct, et de faire de sa tragédie moins u» drame qu'un dialogue philosophique. Jamais les personnages ne courent un danger réel, et ils ne rencontrent à leurs projets d'autre obstacle que leur conscience : reculeront-ils devant cet obstacle sacré, ou le franchiront-ils ? Là est la lutte ; là est l'intérêt. Iphigénie a conquis en Taaride une influence telle qu'elle a fait abolir les sacrifices humains; elle a même touché le cœur vertueux du roi Thoas, qui prétend l'épouser, et la presse de répondre à son amour; il ne veut point toutefois devoir son bonheur à la violence:
Dès que naîtra pour toi l'espoir d'un doux retour, Je te dérlarerai libre de mon amour.
Mais, si devant tes pas toute route se ferme, Si ta race est détruite ou doit errer sans terme Sous le poids du courroux céleste, c'est à moi Qu'appartient ta personne, et par plus d'une loi. Parle sans peur : tu sais que je tiens ma parole 2.
Cependant, dans son mécontentement de voir Iphigénie persister à repousser son offre, Thoas rétablit les sacrifices humains ; pur dépit d'amoureux; la colère do Thoas va tomber, et il est manifestement trop bon pour que le péril d'Oreste etdePylade semble bien effrayant. Aussi, lorsqu'après avoir reconnu son frère et calmé le délire furieux qui s'est emparé de lui, Iphigénie est sur le point de prendre la fuite, emportant, pour obéir à l'oracle, la statue de Diane, elle ne redoute pas beaucoup Thoas : elle craint plus sa conscience. Après avoir commencé à tromper le roi par une feinte, elle est prise de scrupules : abuser le prince qui lui a témoigné tant de bontés! Elle ne le fera pas. Elle lui découvre tout; mais ce n'est guère que pour la forme qu'elle semble, après cet aveu, trembler pour les jours de son frère. Cependant ce mouvement de générosité est beau, et l'on ne peut dénier à cette scène, qui n'est pas très dramatique, une grande élévation morale. Thoas est blessé au cœur : il va perdre Iphigénie; mais il veut rester digne d'elle. Assuré <|a'Oreste ne l'abuse pas elle-même, et qu'il est bien celui qu'il dit être, il consent à leur départ, et le calme de son visage ne révèle pas les déchirements de son cœur. Reste la statue, et, cette fois, Thoas résiste ; il entend conserver l'image qui protège son peuple : il peut sacrifier son amour ; il ne sacrifiera pas ses sujets. Comment sortir d'embarras ? Oreste déclare qu'on a mal compris l'oracle :
1. Avant Goethe, l'Allemagne avait eu déjà une Iphiqénie en Taxiride composée sur les bancs du collège par Elias Schlcgel, et deux opéras italiens iur le même sujet, dont le graud Frédéric honora la représentation à Berlin.