Traduction Legrelle, I, m
3 02 IPDIGÉNIE EN TAURIDE.
« Si tu peux ramener de la Tauride en Grèce
La sœur qui dans le temple y cache sa tristesse,
Les démons cesseront leur persécution,
Et pour toi finira la malédiction. »
Nous crûmes qu"Apollon avait Diane en vue :
Il pensait au contraire à ma sœur disparue i.
Thoas gardera donc la statue, et Oreste reprendra, sa sœur. Ces arrangements, peu intéressants pour des modernes, une fois réglés, le ton se relève : Iphigénie ne veut point quitter la Tauride sans emporter avec elle la bénédiction de Thoas, et, au lieu du coup de poignard qui terminait presque toutes les autres tragédies d'Iphigénie, \o\ci les paroles touchantes sur lesquelles s'achève rZ/^/iî^énie de Goethe :
irniGÉsiE.
Adieu; s'il te souvient de l'amitié sincère Qui nous fut si longtemps à tous les deuï si chère. Comme gage sacré d'un pardon généreux, Daigne me tendre encor ta main.
THOAS
Soyez heureux.
L'Iphigênie de Gœthe est de l'autre côté du Rhin considérée universellement comme un chef-d'œuvre, et, dans leur enthousiasme, plusieurs critiques n'ont pas craint de s'écrier que cette pièce était animée du génie grec. Dans la longue et savante Notice dont M. Legrelle fait précéder sa traduction de la tragédie allemande, il refuse absolument de souscrire à ce jugement : « On n'a guère accordé, eu France, qu'au seul Pylade le droit de passer pour un type grec, en considéi-ation de son goût inné pour la ruse et de l'habileté qu'il y déploie. Je ne saurais pourtant accepter sans scrupule cette concession, car j'ai bien peur que le Pylade de Gœthe ne représente beaucoup moins l'instinct de la déloyauté absoute et couronnée par le succès que l'énergie victorieuse de l'individu aux prises avec la mauvaise fortune, c'est-à-dire le principe essentiel de la civilisation germanique. Quant aux autres personnages, c'est évidemment avec raison que l'on a repoussé les prétentions à l'hellénisme qu'on leur supposait à tort. Thoas, sans contredit, n'est pas le modèle archéologique d'un ancien roi de la Tauride : ce n'en est tout au plus que le grand-duc. Arcas, son confident, n'a rien non plus des naïfs messagers du théâtre grec : ce n'est pas la machine à écouter de notre théâtre classique, mais une sorte d'ambassadeur officieux ou de chef du cabinet. Oreste, certainement, çà et là, se montre un peu le cousin de Werther: il a une imagination rêveuse et une mélancolie de conscience qu'on ne pourrait rencontrer à ce degré dans la littérature grecque. Enfin Iphigénie, je l'accorde volontiers, doit paraître assez dépaysée en Tauride. Ce regret éternel quelle adresse sous la forme d'un soupir quotidien à sa Grèce