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Scène dernière

chérie, ses poignants souvenirs d'une enfance plus heureuse, cette répugnance invincible pour un lien qui l'attacherait à un sol étranger, tout cela fait involontairement songer à quelque jeune Allemande émigrée en Amérique, et songeant toujours, par delà les mers, à son doux village des forêts du Harz ou de la vallée du Neckar! » En nous rangeant à l'opinion de M. Legrelle. nous sommes loin toutefois de nier les mérites de la tragédie de Gœthe. Sans doute la représentation en doit être froide, car riatcrct dramatique en est absent, et elle plane à des hauteurs où tous les esprits n'aiment pas à s'élever ; mais la chaste et belle figure d'Iphigénie, malgré ses ajustements germaniques, est digne des pures et nobles conceptions de Platon, et à ce point de vue on est en droit de dire que la tragédie de Gœthe est une oeuvre «grecque. Elle l'est aussi par le style. Jamais poésie plus simple et plus suave tout ensemble n'a charmé les spectateurs athéniens ; aucune déclamation ; aucune affectation ; si la pensée se développe parfois avec une lenteur un peu capricieuse, selon les habitudes germaniques, cette pensée est toujours revêtue d'une forme éclatante, sans que jamais l'expression manque de naturel. Les images les plus grandioses de l'épopée se présentent par instants à nous, et cependant l'ensemble ne paraît pas s'élever au-dessus d'une simplicité élégante. C'est que Gœthe et Racine ont eu tous deux le génie de 1 harmonie ; c'est qu'on peut leur appliquer à tous deux le fameux vers :

Même quand l'oiseau marche, on sent qu'il a des ailes,

qui prétendait, bien à tort, s'adresser à tous les poètes en général. Même lorsque Racine et Gœthe n'ont à exprimer que des détails insignifiants ou familiers, on devine en eux le poète, et l'on ne sera pas surpris quand l'oiseau tout à l'heure ouvrira ses ailes toutes grandes, et s'élèvera là-haut, dans l'azur. On voit d'après le fragment qui nous a été conservé du Plan de Racine que Gœthe a conçu son Iphigénie tout autrement que ne l'avait fait notre grand poète tragique; mais on peut assurer que les deux œuvres eussent été sœurs par l'harmonie, à prendre ce mot dans sa plus large acception i.

Paris, décembre 1881.

{. Dans notre siècle, César délia Valle, duc de Ventignano, a donné à la scène italienne une Iphigénie en Tauride assez estimée.

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