SCENE U
IPHIGÉNIE
Qu'avez-vous, Prince? D'où vient ce désordre^ et cette émotion qui vous reste ^?
LE PRINCE
Madame, je suis cause du plus grand malheur du monde. Vous savez combien j'ai détesté * avec vous les sacrifices de cette île : je nie réjouissais de ce que vous seriez aujourd'hui dispensée de cette funeste * occupation ; et cependant je suis cause que vous aurez deux Grecs à sacrifier.
IPHIGÉNIE
Comment, Seigneur?
LE PRINCE
On m'est venu avertir que deux jeunes hommes étaient environnés d'une grande foule de peuple contre lequel ils se défendaient ®. J'ai couru sur le bord de la mer : je les ai trouvés à la porte du temple, qui vendaient chèrement leur vie, et qui ne songeaient chacun qu'à la défense l'un de
1. On voit le soin avec lequel Racine faisait disparaître de ce sujet le merveilleux lujtholog-ique : dans Iphigénie, Eriphile prendra la plaee de la biche légendaire; ici c'étaient des pirates. Il est possible que Racine eût également trouvé le moyen d'amener Oreste et Pylade en Tauride pour un autre motif que l'enlèvement de la statue de Diane.
2. Cette agitation, ce trouble ; comme dans Britannicus (III, vu) :
Combien de. fois, hélas ! piii-iqu'il faut vous le dire, Uon cœur de son désordre allait- il voas instruire '/
3. Le début de cette scène eût sans doute rappelé quelque peu celui de la scène m de la Thébatde. — Au sujet de la construction de la phrase, voir Iphigénie, note du vers 905.
4. Détester a ici le sens de : condamner, comme dans Corneille {Cinna, IV, i) :
Il déteste sa vie et ce complot maudit.