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leur, dit ae la pièce nouvelle : « Tout le monde a été pour cette tragédie^ et il n'y a que deux ou trois coquettes de profession qui n'ont pas -été contentes ; c'est sans dout'! parce que l'amour n'y règne pas comme dans le Dajazet ou la Bérénice >. » De Villiers se place, pour juger Vlphiijénie, à un point de vue tout moral; il voudrait supprimer l'amour de la tragédie, et il n'est pas étonnant qu'en un siècle où la dévotion de tant de personnes de la cour s'éleva contre le théâtre, un ecclésiastique ait réclamé au nom de la morale. De Villiers d'ailleurs respecte Racine; il se contente de remarquer que « les endroits qui ont le plus touché ne sont pas ceux où Achille, Iphigénie et Erii>hile parlent de leur passion 2. » U n'ose môme pas blâmer ouvertement Racine d'avoir rendu Achille amoureux, et créé le personnage d'Eripliile. Vers la fin de son dialogue, il semble appeler le poète à composer des tragédies sacrées. Chose bizarre, le jésuite, qui condamnait le théâtre à propos d'une tragédie qu'il ne condamnait pas tout à fait, s'est trouvé porter sur Iphigénie le même jugement qu'un comédien. Lorsque l'austère Riccobuni dédia en 1743 sa Réfornmtion du théâtre à l'impératrice Elisabeth de Russie, Iphiç/énie trouva cràce devant ce pieux ennemi de l'amour: a La tragédie d'Ipftigénie^ me paraît très convenable au nouveau théâtre. On pourrait dire que c'est une tragédie sans amour ; puisque celui d'Achille (qui a tous les caractères do l'amour conjugal) est plutôt un devoir qu'une faiblesse, et que c'est moins son amour que sa passion pour la gloire qui donne lieu aux transports qu'il fait éclater. — Il est vrai que l'amour insensé d'Eripliile pourrait paraître illégitime; mais, outre que c'est un amour Caclié et nullement de mauvais exemple, on verra qu'il est si malheureux, ([u'il peut môme servir

d'instruction Il me paraît donc que la tragédie d'Ip'iigénie peut

rester telle qu'elle est; sauf à examiner pourtant avec attention s'il n'y a rien, dans les expressions, qui puisse blesser la pureté des mœurs. »

Malgré l'éclatant succès à'Iphiyéiiie, un écrivain sans talent, bien qu'il fût depuis treize ans déjà de l'Académie française, Michel Le Clerc, qui depuis trente années avait pris le sage parti de quitter le théâtre pour le barreau, osa, digne précurseur de Pradon, entrer en rivalité avec Racine, et donner une Iphigénie quelques mois après la sienne. « Cette pièce, dit l'abbé de la Porte *, n'eut que cinq représentations ; la première est du 24 mai, et la dernière du 9 juin, parce que le théâtre dans ce temps-là n'était ouvert que trois fois la semaine, savoir : le dimanche, le mardi et le vendredi. Le Clerc dit dans la P^'e/ace .que l'ouvrage est entièrement k

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