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Anecd. dram.. II

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lui, et n'en excepte que cent vers épars çà et là, qu'il reconnaît devoir à Coras i. » L'iphigénie de Le Clurc et Coras doit beaucoup à celle de Rotrou, et un peu à celle de Racine. C'est une œuvre médiocre comme conception et comme style, tout à fait indigne d'entrer en comparaison avec la tragédie de notre poète. On connaît l'épigramme marotique dont Racine mordit le couple audacieux :

Entre Le Clerc et son ami Coras,

Tous deux auteurs rimants de compagnie,

N'a pas longtemps sourdirent grands débats

Sur le propos de leur Iphigénie.

Coras lui dit : « La pièce est de mon cru ; »

Le Clerc répond : « Elle est mienne et non vùlrn.»

Mais aussitôt que l'ouvrage a paru,

Plus n'ont voulu l'avoir fait l'un ni l'autre.

La vérité est que, dans sa Préface, Le Clerc dit ne devoir à Coras qu'une centaine de vers. Nous avons, en lisant cette œuvre médiocre, remarqué deux ou trois scènes qui tranchaient sur les autres par leur facture [ilus vive et assez élégante; peut-être pourrait-on attribuer à Coras l'exposition, qui est assez bonne , malgré l'interrogation banale qui l'ouvre,

Quoi, Seigneur? voulez-vous sans cesse soupirer?

la première scène du quatrième acte, et les imprécations de Clytemnestre. La conduite de la pièce esta peu près la même que dans Euripide. Le premier acte est rempli par les hésitations douloureuses d'Agamemnon, auquel Ménélas vient reprocher des lenteurs qui indignent Calchas; à votre place, dit-il,

On m aurait déjà vu lui livrer Herraione ;

il lui fait craindre de perdre son titre de général en cli T : On met en votre place Ajax et Diomède

puis il s'interrompt, pour dire avec étonnement à son frère :

Quoi ? vous pleurez?

Agamemnon se décide à livrer sa fille; puis, son frère parti, il change d'avis :

Pour la dernière fois tu triomphes. Nature. Que lesUieux indignés accablent un parjure ! Lorsqu'ils m'osent prescrire un coup qui fait honror, Il vaut mieux mériter que servir leur fureur.

1. Ce Coras est l'auteur du poème de Jonas, dont Boileau a dit dans la Satire IX {v. 91):

Le Jonas inconnu sèche dans la poussière, et dans le Lutrin (V, 143) :

L'un prend le seul Jonas qu'on ail vu rolié.

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Le Clerc s'applaudit beaucoup dans sa Préface d'avoir ainsi changé le caracière du roi: « Agamemnon se résout ici à mourir plutôt et à pi'rdre le commandement de l'armée qu'à livrer sa fille, et je rends Ulysse, conformément à son caractère et à ce que Dictj's de Crète )ioiis en a laissé dans son Histoire de la guerre de Troie, 1 auteur du f'iôge qui est tendu à cette princesse infortunée. En C-la je quitte

F.uripide mais je n'ai pas sujet de m'en repentir, puisque c'est de

cet incident que naissent ensuite naturellement toutes les surprises de la mère et de la fille, du père et de l'amant, qui se trouvent également trompés. »

Le second acte nous montre Ménélas revenant avec la lettre qu'il a prise à Oronte, et la discussion du premier acte recommence entre les deux frères, mais avec plus de violence. Jlénélas, resté seul, se plaint d'avoir un frère ingrat qui ne veut pas \>.i sacrifier sa fille. Ulysse, qui entre, est de son avis; mais, liii dit-il, à l'aide d'une fausse lettre, en imitant la main d'Agamemnon,

J'ai coDtluit en Auiide et la fille et la mère.

Enchanté de ce bon tour, il se permet cette pointe:

Elles vont le surprendre et vont être surprises;

et Ménélas s'écrie avec reconnaissance :

Que vous conduisez bien toutes vos entrepris ;s

Ce qu'Ulysse craint encore, c'est Achille, que nous savons, dès l'exposition, épris d'Tphigénie et justement voici qu'Achille entre, plein de joie : Calchas vient de lui dire que seule l'arrivée d'Iphigénie pourrait délier les vents déchaînés, et le bruit court qu'Iphigénie est au camp. Ulysse confirme cette nouvelle; alors .\chille :

Ahl je brille déjà du désir de la voir

Cette jeune princesse a des charmes si doux!

Nous sommes loin du style de Racine. Ulysse rappelle au jeune homme qu'Iphigénie est consacrée à Diane :

Et l'aveugle tvran des hommes et des Dieux

Ke peut rien sur son cœur, pouvant tout par ses yeux. —

Que sa conquête, Ulysse, honorerait Achille !

s'écrie le bouillant Achille. Et la toile tombe.

Le troisième acte, dans une scène empruntée à Rotrou, nous

montre la joie de Clytemnestre et l'inquiétude secrète d'Iphigénie.

Agamemnon arrive, qui est tout étonné de voir sa femme, puis

sa fille, et il pousse un cri d'étonnement, parodiant le mot de

César :

Et toi, ma fille, aussi?

Le dialogue s'entame entre la fille et le père sur le plan d'Eu-

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ripide ; il renferme quelques vers heureux, presque tous empruntés à Rotrou. Resté seul avec Clytemnestre, Agamemnon lui demande pourquoi elle est venue; la reine montre la lettre.

Agamemnon, à part. L'écriture en est fausse, et le seing contrefait. Dissimulons pourtant.

Ces trois hémistiches, dans l'édition princeps, sont mis en italiques, comme très importants. Ils n'amènent cependant rien du tout. Clytemnestre s'entend renvoyer par son époux, pour raison politique, à Argos :

Un tas de mécontents peut pendant votre absence

Y semer le venin qu'inspire la vengeance

Qui laisse un trône vide inspire à l'usurper. Prévenez des mutins l'ambitieuse audace; De peur qu'on s'en saisisse, allez remplir ma place.

Cela est encore imité de Rotrou. Seulement, chose nouvelle, détail assez heureux, la sortie d'Agamemnon marque plus de tristesse que de colère :

Demeurez donc. Madame, et désobéissez :

Mais destinez ailleurs ces pleurs que vous versez. Jaloux de ma douleur moins que de votre joie, Je voulais au chagrin demeurer seul en proie ; Mais pour notre malheur vous ne le voulez pas. Je vous laisse, Madame, et je vais voir Calchas.

Clytemnestre manifeste son étonnement à sa confidente, qui l'interrompt :

Madame, Achille vient.

Clytemnestre répond avec dignité :

Allons le recevoir.

Achille adresse à la reine les compliments les plus délicats ; elle lui répond avec modestie :

De grâce, bannissons tous ces termes flatteurs.

Le quiproquo ne dure pas longtemps, et Oronte, le confident d'Agamemnon, ne tarde point à révéler le secret fatal. Achille s'indigne contre Ulysse :

Tyran de mon repos, sacrilège imposteur,

Mes mains, mes propres mains t'arracheront le cœur:

et, relevant Clytemnestre, il lui promet de sauver sa fille :

Je suis partout Achille^, et je n'attendrai pas Que je sois devant Troie à signaler mon lu'as.

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