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Ces mots sont en italique dans l'édition princepa

Cependant, avant d'en venir à ces extrémités, Clytemnestre ira supplier Agamemnon, et elle répond à Achille, qui demande à voir Iphigénie :

Mlez. Achille, allez; mais ne l'alarmez pas, Elle ignore rarrêt qu'a prononcé Calchas. — Espère, Clytemnestre, et cesse de te plaimlre; A.cnille aime ta fille; elle ne doit rien craindre; Il saura triomplier des rigueurs de son sort : Amour de tous les Dieux est le Dieu le plus fort.

Le quatrième acte est le meilleur, ou plutôt le moins mauvais. Iphigénie l'ouvre, en faisant à sa suivante l'aveu de son amour pour Achille. Clytemnestre entre en pleurs, et laisse tomber ces mots :

Diane est implacable.

La douce Iphigénie répond :

Que ne la puis-je, hélas ! apaiser de mon sang!

Clytemnestre lui révèle l'oracle terrible ; après un frisson, la jeune fille dit avec calme :

Diane veut ma mort : m'y voilà résolue.

Agamemnon paraît, et, l'apercevant, Clytemnestre s'écrie :

Je le vois, ce cruel, éclatez, mes douleurs !

La grande scène commence alors, mais plus brève, plus serrée, que dans les autres tragédies dont nous avons parlé. Le dialogue est plus rapide, et les répliques se croisent plus fréquentes. Après la sortie d'Agamemnon, Clytemnestre continue ses imprécations, et sort elle-même en fureur. Achille, qui la remplace, entre désespéré :

L'armée à haute voix demande Iphigénie !

Il prétend tout massacrer dans sa fureur ; mais Iphigénie a soif du martyre, et ne veut point être sauvée : aux reproches d'Achille, elle laisse échapper l'aveu de son amour, et l'acte se termine sur ces mots d'Achille :

Allons malgré les Dieux l'arracher à la mort.

Au cinquième acte a lieu l'explication entre Agamemnon et Achille; Agamemnon est doux et humble ; il gémit ; il murmure :

Les Dieux me l'ont donnée, ils peuvent la reprendre.

NOTICE SUR irniGÉNIE. 333

C'est en pleurant qu'il se soumet au destin. Rien n'explique aonc 'a soudaine apostrophe d'Achille :

Ingrat, si je suivais ce que veut ma colère

Mais j'aime Iphigénie, et vous êtes son père,

si ce n'est le désir d'imiter Racine. Agamemnon avoue en pleurant à Achille qu'Ulysse est en train de conduire sa fille à la mort; le jeune héros s'éloigne plein de fureur. Tandis que Clytemnestre et Agamemnon accusent mutuellement de leurs maux leur manque de respect envers Diane, Oronte arrive, qui leur raconte qu'Iphigénie a disparu:

0 l'étrange aventure !

0 coup, dont la surprise étonne la nature ! Le ciel vous la ravit, vous la perdez. Seigneur,

Mais Ulysse vient à son tour annoncer que c'est Diane qui a enlevé ia jeune fille. Telle est cette tragédie de troisième ordre, que la cabale a osé mettre en face de Ylphigénie de Racine ; des cavactères mal tracés, des événements mal liés, un style souvent pénible et bizarre, voilà ce que présente cette pièce, dont les rares beautés sont empruntées à Rotrou et h. Racine lui-même, et qui pourtant est un chef-d'œuvre, si on la compare k la Phèdre que Pradon osera opposer à la divine Phèdre de Racine.

Deux jours après cette médiocre tragédie, dont Coras accepta seul d'abord la paternité, parut un petit écrit anonyme intitulé Remarques sur riphiffénie de M. Coras. Ces Remarques répondaient aux Remuiques sur l'I[ihigénie de M. Racine, qui avaient paru sans nom d'auteur. La nièmn main a évidemment écrit ces deux petits ouvrages, et l'auteur est un ami de Coras. La nouvelle tragédie s'accorde dans son ensemble et dans ses parties avec les vues de l'auteur des Remarques sur l'Ip/iigénie de M. Racine; aussi l'auteur des Remarques sur Clphiyénie de M. Coras dit-il de la seconde tragédie : « Le sujet en a été digéré d'une manière plus simple ; il est chargé de moins d'incidents, et les mêmea sentiments n'y scmt point rebattus ni déguisés sous des expressions diil'érentcs. » On blâmait également dans la [liècc de Racine le personnage d'Ériphile, l'amour d'Achille, le courage avec lequel Iphigénie se résigne h la mort, et'.e caractère d'Agamemnon, qu'on osait comparer à Félix dans la tragédie de Pùlyeucte, ce qui ne prouve pas la sûreté de jugement du critique.

Après l'année 1678, Pierre Perrault, le fougueux défenseur des modernes, l'ennemi acharné des anciens, que Racine avait, selon Brossette, visé dans sa Préface û'Iphiqénie, entreprit d'écrire un dialogue intitulé Critique des deux tragé'/ies d'iphigéitie, d'Erripide et de M. Racine, et la comparaison de l'une avec l'autre. Le manuscrit de cet ouvrage, qui est resté inachevé, a été consulté a la Bibliothèque nationale par M. P. Mesnard. Il s'agit encore de

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ia fameuse querelle des anciens et des modernes, et Perrault entreprend de prouver à Racine la supériorité des modernes sur les anciens, en établissant celle de son Iphigénie sur VIphigénie de son devancier : Perrault était, comme La Motte, un adversaire courtois. Pour prouver que Racine a exprimé avec une suprême élégance « ce qu'Euripide a dit dans un désordre de paroles diffuses, inutiles, mal choisies », et que « les tragédies de Sophocle et d'Euripide ne peuvent disputer de beauté et de bonté avec celles de !\ni. Corneille et Racine », Perrault annonce qu'il traduira en prose l'u'.-ipido, et mettra également en prose la poésie de Racine, imafiinant ainsi un procédé qui sera cher à Voltaire. Par malheur, le dialogue de Perrault est resté inachevé.

Depuis le dix-septième siècle, les éloges et les blâmes qui ont été décernés par les critiques à Ylpkigénie de Racine sont au fond toujours les mêmes, et la forme seule varie : nous ne nous arrêterons donc pas aux censures douces du P. Brumoy, aux censures aigres de Sclilegel, aux censures ironiques de M. Taine, aux éloges enthousiastes de Voltaire. Nous rappellerons seulement la critique originale et piquante que Lesage, dans son Histoire de Gil Blas de Santillane (1715-1735), adressait moins à Racine qu'au sujet même de son drame : « Ces Messieurs, dit Fabrice, parlaient de VIphigénie d'Euripide. Le bachelier ^lolchior de Villegas, qui est un savant du premier ordre, demandait au Seigneur don Jacinte de Romarate ce qui l'intéressait dans cette tragédie. — Oui, dit don .Facinte, et je lui ai répondu que c'était le iiéril où se trouvait Iphigénie. — Et moi, dit le bachelier, je lui ai répliqué (ce que je suis prêt k démontrer) que ce n'est point ce péril qui fait le véritable intérêt delà pièce. — Qu'est-ce que c'est donc ? s'écria le vieux licencié Gabriel de Léon. — C'est le vent, repartit le bachelier. » Toute la compagnie fit un éclat de rire à cette repartie, que je ne crus pas sérieuse ; je m'imaginai que Melchior ne l'avait faite que pour égayer la conversation. Je ne connaissais pas ce savant ; c'était un lionime qui n'entendait nullement raillerie. « Riez tant qu'il vous plaira. Messieurs, reprit-il froidement ; je vous soutiens que c'est le vent seul qui doit intéresser, frapper, émouvoir le spectateur. Représentez-vous, poursuivit- il, une nombreuse armée qui s'est rassemblée pour aller faire le siège de Troie. Concevez toute l'impatience qu'ont les chefs et les soldats d'exécuter leur entreprise, pour s'en retourner promptement dans la Grèce, où ils ont laissé ce qu'ils ont de plus cher, leurs Dieux domestiques, leurs femmes. Cependant un maudit vent contraire les retient en Aulide, semble les clouer au port, et s'il ne change point, ils ne pourront aller assiéger la ville de Priam. C'est donc le vent qui fait l'intérêt de cette tragédie. Je prends parti pour les Grecs, j'épouse leur dessein ; je ne souhaite que le départ de leur flotte, et je vois d'un œil indifférent Iphigénie dans le péril, puisque sa mort est un moyen d'obtenir des Dieux un vent favorable. »

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Nous avons eu déjà dans ces Notices l'occasion de signaler combien le style de Racine se modifie selon le sujet qu'il traite, tout en conservant toujours son Jiarmonie parfaite et son élégance suprême. Les ennemis eux-mêmes du poète étaient obligés de reconnaître sa supériorité dans l'art d'écrire. On lit dans les Remart/ues sur l'Iphigénie de M. Racine * ; « Il n'y a rien de plus pur ni de plus proprement écrit. ... J'en ai trouvé les vers admirables, et pleins d'expressions justes et riantes, et j'y ai remarqué des traits d'un prix infini, et des sentiments maniés avec une délicatesse qu'on ne peut assez louer. « Ces observations élogieuses pourraient s'adresser à toutes les tragédies de Racine. Mais sous le rapport du style Ifjhi- (jénie se distingue en deux points des autres pièces que nous a données le poète : on y trouve plus de pompe, et les allusions mythologiques y sont plus nombreuses. C'était une grande préoccupation pour Racine d'habiller son drame à la mode de l'époque où se passait son action. Mais, malgré sa parfaite connaissance du génie grec, en mettant à la scène le Roi des Rois, le poète courtisan avait devant les yeux le Roi tout-puissant, le Roi Soleil, et il eût cru manciuer de respect à Louis XIV, dans la personne d'Agamemnon, s'il n'avait pas fait dire- majestueusement à son personnage :

Oui, c'est Agarncmnon, c'est ton Roi qui t'éveille.

De là le ton où la pièce est élevée, ton que Racine adopte dès le prélude, et qu'il ne quittera pas un seul instant. En outre, l'action se passe dans les temps fabuleux de la légende troyenne; les héros appartiennent au cycle homérique; leurs aventures ont été chantées par Homère et par les poètes des Nôaxoi ; ils ont pour ancêtres les dieux et les héros ; Clytemnestre est fille de Léda, de la belle mortelle aimée de Jupiter; elle a pour frères des dieux ; le sang d'un dieu coule dans ses veines ; voilà pourquoi elle est en droit de s'écrier, en parlant de sa fille :

Calchas va dans son sang Barbares, arrêtez,

C'est le pur sang du Dieu qui lance le tonnerre.

Elle évoque le souvenir des Atrides, et Agamemnon est leur fils. Toutes ces fictions, qui ne seraient autre part que des ornements empruntés, sont ici dans le sujet lui-même. Le nom de Mégère, l'invocation au Soleil, qui a reculé d'horreur devant le festin d'Atrée, Diane apparaissant au-dessus de l'autel, tout cela, qui, ailleurs, ne serait qu'une machine poétique, se trouve ici tout naturellement à sa place, et l'on ne songe point à s'étonner de l'allure épique du grand récit d'Ulysse. De sorte que Vljihigéme de Racine présente une image fidèle de la cour de Louis XIV, en môme temps qu'elle est comme un dernier écho de la poésie homérique. Cette pompe, ces tournures

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