Iliade, IX
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3^0 IPHIGÈNIE.
reux personnage d'Ériphilo, sanslequel je n'aurais jamais osé entreprendre cette tragédie '. Quelle apparence que j'eusse souillé la scène par le meurtre horrible d'une personne aussi vertueuse et aussi aimable qu'il fallait représenter Iphigénie? Et quelle apparence encore de dénouer ma tragédie par le secours d'une déesse et d'une machine, et par une métamorphose, qui pouvait bien trouver quelque créance du temps d'Euripide, mais qui serait trop absurde et trop incroyable parmi nous ?
Je puis dire donc que j'ai été très-heureux de trouver dans les anciens cette autre Iphigénie, que j'ai pu représenter telle qu'il m'a plu, et qui, tombant dans le malheur où cette amante jalouse voulait précipiter sa rivale, mérite en quelque façon d'être punie, sans être pourtant tout à fait indigne de compassion 2. Ainsi le dénouement de la pièce est tiré du fond même de la pièce. Et il ne faut que l'avoir vu représenter pour comprendre quel plaisir j'ai fait au spectateur, et en sauvant à la fin une princesse vertueuse pour qui il s'est si fort intéressé dans le cours de la tragédie, et en la sauvant par une autre voie que par un miracle, qu'il n'aurait pu souffrir, parce qu'il ne le saurait jamais croire'.
1. Les scrupules de Racine étaient grands, et nous verrons dans la Préface de Phèdre quelles précautions le poète prendra pour bien établir qu'il n'a pas inventé le personnage d'Aricie ; nous l'avons vu dans les l'réfuces de Britaiiiticui prouver historiquement que sa Junie n'était pas née de son imagination. Le dix-septième siècle d'ailleurs n'était pas à cet égard moins scrupuleux que Bacine. Le grand poète italien Manzoni (1784-1873y a écrit à propos de cette phrase, dans sa Lettre sur l'unité de temps et de lieu dans la Tragédie : « Eh quoi! ce personnage dont Racine avait un si grand besoin, n'aurait-il donc pu l'inventer, ou quelque chose d'équivalent ? Ce genre d'invention, libéralement départi par la nature à deux ou trois cents auteurs tragiques. Racine ne l'aurait pas eu? Voyez si ces auteurs sont jamais embarrassés à dénouer leurs pièces lorsqu'il ne s'agit pour cela que d'inventer un personnage ou un prodige? Non, non, Racine, doué d'un sentiment exquis de la vérité et des convenances, savait que. dans les sujets historiques, un fait qui n'a pas existé et que l'on voudrait donner comme cause ou comme résultat d'autres faits réels connus, n'a pas non plus Je vérité poétique. Dans les sujets fabuleux mêmes, il sentait que ce qui a fait partie d'une tradition, ce qui a été cru p.ar tout un peuple, a toujours un genre et un degré d'importance ([ue ne peut obtenir la fiction isolée et arbitraire de l'homme qui se renferme dans son cabinet pour y forger dôs bouts d'histoire, selon son besoin et son goût. »
2. Rncine r.appelle ici les préceptes d'Aristote, Poétique, chap. un : « IlfûToy
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