Allusion au vers 188 de l'Art poétique d'Horace
QuuiJcumque ostendis milii sic, incredulus odi.
Le voyage d'Achille àLesbos, dont ce héros se rend maître, et d'où il enlève Ériphile avant que tie venir en Aulidc, n'est pas ijon plus sans fondement *. Euphorion de Chalcide ^, poëte très-connu parmi les anciens, et dont Virgile* et Quintilien * font une mention honorable, parlait de ce voyage de Lesbos ^. Il disait dans un de ses poëmes, au rapport de Parthénius^, qu'Achille avait fait la conquête de cette lie avant que de joindre l'armée des Grecs, et qu'il y avait môme trouvé une princesse qui s'était éprise d'amour pour lui.
Voilà les principales choses en quoi je me suis un peu éloigné de l'économie et de la fable d'Euripide. Pour ce qui regarde les passions, je me suis attaché à le suivre plus exactement. J'avoue que je lui dois un bon nombre des endroits qui ont été les plus approuvés dans ma tragédie.
Et je l'avoue d'autant plus volontiers, que ces approbations m'ont confirmé dans l'estime et dans la vénération que j'ai toujours eu '' pour les ouvrages qui nous restent de l'antiquité. J'ai reconnu avec plaisir, par l'effet qu'a produit sur notre théâtre tout ce que j'ai imité ou d'Homère ou d'Euripide, que le bon sens et la raison étaient les mômes dans tous les siècles. Le goût de Paris s'est trouvé conforme
1. Racine prend grand soin d'établir historiquement son épisode d'Ériphile (voir la note du vers 74u) ; nous verrons dans la tragédie qu'il n'a pas employé moins de soin à le lier étroitement à son action.
2. Racine écrit Chalcide pour Chalcis, comme il écrit Aulide pour Aulis. J. Eglug., X. [Note de Racine). V. 50-51 :
Chalcidico qiiae sunt mih; condila versa
Carmina pastoris Siouli niodulabor avena.
4. Instit., lib. X. {IVote de Racine.) I, § 56 : « Euphorionem transibimus? quem nisi probusset Virgilius, idem nunquam certe conditorum chalcidico versu carminum fecisset in flucolicis mentionem. »
5. Racine a oublié de citer le témoignage d'Homère. Agamemnon dit à Achille, au neuvième live de l'Iliade, v. 271 :
.... OTt Atffpov lUxTiixt'vYiv n.eç aÛTo'j.
6. Tlt'A IjuTixûiv i:aOri(tàTuv, XXI : <i hiytzai Si xa^ o'x' *A/(XX£Uç it\éuv Tij itjO(r£/tT; TY) r.TTEiftii vv-^ouj trdfOsi, xfoïir/tTv aù-hv AeuSm' Év9a ^»j xaO' éxàcrtriv TÙly itoXEWv aJTOV IriovTa xepai'Çeiv. 'Q^S' ot Mf,9u;*vav o'xoûvte; jjiiAa xafTEf~>; -ivrEf/ov, xol tv ■:;oVAîi à(i.T,/avla t,v Sià Tb nij iJùvacrOai ÉXeïv xr.v •nci/.iv, nEK7iî(xriv tivà Mr.O-juva'av, toO 2aTi7.:u; O'jyaTE'fa. 9Ê!j;Ta|i£vr,v 4ro roO tevyouç tIv 'AyuKia, tçaT6î;vat aùToO. " Parthénius raconte ensuite comment elle livra la ville à Achille, et nomment celui-ci, au lieu de l'épouser selon sa promesse, la Dt tuer par ses soldats.
7. Racine a écrit eu sans accord ; le P. Bouhours, dans ses Remorques nouvelles sur la langue française (Ed. de 1676, p. 521), cite ce passage à l'appui de la règle que le participe accompagné du verbe avoir « redevient indéclinable au milieu d'un vers pour empêcher la prononciation de languir et de traîner trop ».
3 ',2 IPHIGÈNIE.
à celui d'Athènes. Mes spectateurs ont été énrius des mômes choses qui ont mis autrefois en larmes le plus savant peuple de la Grèce, et qui ont fait dire qu'entre les poètes Euripide était extrêmement tragique, Tpa-fiy.ÛTaTo;, c'est-à-dire qu'il savait merveilleusement exciter la compassion et la terreur, qui sont les véritables effets de la tragédie.
Je m'étonne, après cela, que des modernes aient témoigné depuis peu tant de dégoût pour ce grand poète, dans le jugement qu'ils ont fait de son Alceste •. 11 ne s'agit point ici de VAlceste. Mais en vérité j'ai trop d'obligation à Euripide pour ne pas prendre quelque soin de sa mémoire, et pour laisser échapper l'occasion de le réconcilier avec ces Messieurs. Je m'assure qu'il n'est si mal dans leur esprit que parce qu'ils n'ont pas bien lu ^ l'ouvrage sur lequel ils l'ont condamné. J'ai choisi la plus importante de leurs objections, pour leur montrer que j'ai raison de parler ainsi. Je dis la plus importante de leurs objections. Car ils la répètent à chaque page, et ils ne soupçonnent pas seulement que l'on y puisse répliquer '.
11 y a dans VAlceste d'Euripide une scène merveilleuse, où Alceste qui se meurt, et qui ne peut plus se soutenir, dit à son mari les derniers * adieux. Admète, tout en larmes, la prie de reprendre ses forces, et de ne se point abandonner elle-même. Alceste, qui a l'image de la mort devant les yeux, lui parle ainsi :
Je vois déj;\ la rame et la barque fatale. J'entends le vieux nocher sur la rive infernale ;
1. Lagrange-Chanccl, auteur d'une tragédie d'AZces/« (170.3), « préfend que, depuis Andromaqiie, Racine ne fit représenter aucune pièce qu'il n'eût envie de la faire suivre par Alcestp. Des amis de Racine lui ont assuré qu'il leur en avait souvent récité des morceaux, mais qu'il l'avait jetée au feu quelque temps avant sa mort, la difficulté de rendre vraisemblable l'événement qui devait amener la catastrophe, le détermina, sans doute, à ce sacrifice. Une raison à peu près semblable lui fit abandonner le sujet d'/phigénie en Tnuridp, dont il nous est resté le plan du premier acte en prose. Si l'on en croit quelques personnes, il avait aussiprojeté de faire un Œdipe, mais il disait qu'il ne voulait point imiter Sophocle, parce qu'il était inimitable. » {.\bbé de la Porte, Anecd. dram., I, p. 2S-29.)