‹ Théâtre completChapitre 456 sur 592 · AGAMEMNON, ACHILLE ', ULYSSE · texte numérisé non relu

AGAMEMNON, ACHILLE ', ULYSSE

AGAMEMNON

Quoi? Seigneur, se peut-il que d'un cours si rapide

1. Voilà un vers pittoresque, et qui fait songer à celui d'Athalie (I, 1) :

Et du temple déjà l'aube blanchit le faite.

Euripide avait dit {'Isi-^htia., v. 150-138):

lôt. AeuxaîvEt Tiis. çûj; rlSri /.àji-OJO-' r.ùjj nûj T£ xEOftiTTwv Tùiv 'Ae/vtoa.

M. Sarcey, dans son feuilleton du 8 novembre 1880, écrivait à propos de la reprise d'Iphigénie à la Comédie-Française : « Quand la toile se lève, on aperçoit couchés pêle-mêle, à l'ouverture de la tente, et dans toutes sortes de postures,

des comparses dont les groupes variés occupent le fond du théâtre A peine

Agamemnon a-t-il dit :

Déj'i le jour plus grand nous frappe et nous éclaire,

que tous ces pompiers, qui paraissent dormir d'un profond sommeil, se relèvent d un commun mouvement, sans dire ouf 1 habillés et casqués des pieds à la tête, et je remarque alors qu'ils dormaient ainsi équipés, sans que leur casque les gênât, sur le sol tout nu, sur la dure, quoi! pas une couverture! pas un brin de paille! » Après avoir démontré que c'est substituer une convention à une autre, IVI. Sarcey ajoutait : « Je ne cesserai de le dire : dans l'antique tragédie, comme dans la'comédie de Molière et de ses contemporains, il faut que la mise en scène évite le détail, et surtout le détail qui attire l'œil. Prenez le texte de Racine. Que dit-il? La scène représente la tente d'Ar/amemnon... Eh bien, cela suffit. Montrez-nous une tente, et autant que possible une tente absolument nue. Si vous y jetez, ce qui serait votre droit, sous prétexte de couleur locale, des peaux de bêtes féroces, je m'amuserai à en considérer, à en estimer la garniture, et ce sera autant de perdu pour les vers du poète.» [Le Temps.)

ï. Les Ol/Strvations sur l'art du comédien, publiées en 1774 par le sieur ))***, nous montrent {p. 134) le danger que l'on court à ne point suivre la ponctuation. Ln acteur, que l'auteur ne nomme point, prononçait, paa-ait-il, ce vers de la façon suivante :

, C'est Achille. Va. Pardieu ! Uljsse le suill

3. Préville, dans ses Mémoires (p. 114i, cite une Lettre de Crébillon sur les spectacles, à laquelle nous empruntons le passage suivant : « Au retour d'une victoire, un capitaine grec ou romain paraissait sur notre théâtre avec un panier tourné de la meilleure grâce du monde, et auquel les efforts des peuples qu'il venait do combattre n'avaient pas fait prendre le moindre petit pli. — Kion n'était si comique que Ihabit tragique. ,\u lieu de ces beaux casques qui décoraient si bien les anciens guerriers, nos comédiens, en voulant les repré-

360 IPniGÉNIE.

La victoire vous ait ramené dans l'Aulide?

D'un courage naissant sont-ce là les essais?

Quels triomphes suivront de si nobles succès 1

La Thessalie entière, ou vaincue ou calmée, 165

Lesbos même conquise en attendant l'armée S

De toute autre valeur éternels monuments,

Ne sont d'Achille oisif que les amusements *.

ACHILLE

Seigneur, honorez moins une faible conquête ;

Et que puisse bientôt le ciel qui nous arrête 170

Ouvrir un champ plus noble à ce cœur excité

Par le prix glorieux dont vous l'avez flatté !

Mais cependant, Seigneur, que faut-il que je croie

D'un bruit qui me surprend et me comble de joie?

Daignez-vous avancer le succès de mes vœux'? 173

Et bientôt des mortels suis-je le plus heureux?

On dit qu'Iphigénie,en ces lieux amenée.

Doit bientôt à son sort unir ma destinée.

AGAMEMXON.

Ma fille? Qui vous dit qu'on la doit amener?

ACHILLE

Seigneur, qu'a donc ce bruit qui vous doive étonner? 180

senter, portaient tout simplement des chapeaux à trois cornes, pareils à ccui dont nous nous servons dans le monde. Il est vrai que, pour se donner un air plus extraordinaire, ils y ajoutaient des plumes dont l'énorme hauteur les mettait souvent dans le cas d'éteindi-e les lustres qui alors éclairaient la scène, ou de crever les yeux à leurs princesses , en leur faisant la révérence. Ils portaient aussi des perruques frisées, des gants blancs et des culottes bouclées et jarretées à la française. » Ce costume aurait plu à M. Taine, qui trouve l'Achille de Racine un charmant cavalier, « un peu fier de sa race et bouillant comme un jeune homme, mais disert, poli, du meilleur ton, respectueux envers les captives leur demandant permission pour se présenter devant elles, tellement qu'à la fin il otc son chapeau à plumes, et leur offre galamment le bras pour les mettre en liberté. »

1. Agamemnon {Iliade, IX, 271) parle de cette conquête d'Achille

1 '• o-£ Ae'ffSow ItixTinÉvYiv ïXt; aOtij....

Homère dit encore [lùid., v. 6G4) :

V^^'l, TTiV AtffSoOsv ^V£V,...

Achille, au IV» acte, scène vi, dira avec fierté à Agamemnon :

Vous, que mon brss vengeait dans Lesbjs enQammée Avant que vous eussiez assemblé votre armée.

Page 1