ACTE I, SCENE II
ACHILLE
Ainsi, pour vous venger tant de rois assemblés *
D'un opprobre éternel retourneront comblés 2,
Et Paris, couronnant son insolente flamme.
Retiendra sans péril la sœur de votre femme ! 230
AGAMEilNON.
Hé quoi ? votre valeur, qui nous a devancés,
N'a-t-elle pas pris soin de nous venger assez '?
Les malheurs de Lesbos, par vos mains ravagée,
Épouvantent encor toute la mer Egée.
Troie en a * vu la flamme ; et, jusque dans ses ports, 235
Les flots en ont poussé les débris et les morts.
Que dis-je? les Troyens pleurent une autre Hélène
Que vous avez captive envoyée à Mycène.
Car, je n'en doute point, cette jeune beauté ^
Garde en vain un secret que trahit sa fierté ; 2i0
Et son silence même, accusant sa noblesse,
Nous dit qu'elle nous cache une illustre princesse.
ACHILLE
Non, non, tous ces détours sont trop ingénieux.
Vous lisez de trop loin dans les secrets des Dieux.
Moi, je m'arrêterais à de vaines menaces ? 243
Et je luirais l'honneur qui m'attend sur vos traces ?
Les Parques à ma mère, il est vrai, l'ont prédit *,
Lorsqu'un époux mortel fut reçu dans son lit :
1. Ce couplet ainsi que le suivant pourraient être supprimés, et la trame de la scène en serait plus serrée ; mais Racine avait besoin de bien établir l'épisode d'Eriphile.
2. Il semblerait cfue comblé appelât un régime au pluriel; cependant on lit dans M™' de Sévigné : « Comblé de douleur amère. »