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ACTE I, SCENE

Il m'a plu, sans peut-être aspirer à me plaire *. 310

Femmes, gardes, visir*, pour lui j'ai tout séduit';

En un mot, .vous voyez jusqu'où je l'ai conduit.

Grâces à mon amour, je me suis bien servie

Du pouvoir qu'Amurat me donna sur sa vie *.

Bajazet touche presque au trône des Sultans : 3i5

Il ne faut plus qu'un pas. Mais c'est où je l'attends*.

Malgré tout mon amour, si dans cette journée*

11 ne m'attache à lui par un juste'' hyménée *,

S'il ose m'alléguer une odieuse loi ;

Quand je fais tout pour lui, s'il ne fait tout pour moi : 320

Uès le même moment, sans songer si je l'aime.

Sans consulter enfin si je me perds moi-môme *,

J'abandonne l'ingrat, et le laisse rentrer

Dans l'état malheureux d'où je l'ai su tirer.

Voilà sur quoi je veux que Bajazet prononce. 325

Sa perte ou son salut dépend de sa réponse. Je ne vous presse point de vouloir aujourd'hui Me prêter votre voix pour m'expliquer à lui *" : Je veux que devant moi sa bouche et son visage Me découvrent son cœur, sans me laisser d'ombrage"; 330

1. On ne saurait trop admirer le soin avec lequel Racine place dès le début de ses tragédies de petits détaib, en apparence insignifiants, qui, à une seconde lecture, jettent aussitôt une lueur sur le caractère encore à peine connu des personnages.

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