SCÈNE I
ÉRIPHILE, DORIS
DORIS
Ahl que me dites-vous? Quelle étrange manie * 1085
Vous peut faire envier le sort d'Iphigénie?
Dans une heure elle expire. Et jamais, dites-vous.
Vos yeux de son bonheur ne furent plus jaloux.
Qui le croira, Madame? Et quel cœur si farouche -...
ÉRIPHILE
Jamais rien de plus vrai n'est sorti de ma bouche. 1090
Jamais de tant de soins mon esprit agité
Ne porta plus d'envie à sa félicité.
Favorables périls! espérance inutile ^l
N'as-tu pas vu sa gloire*, et le trouble d'Achille?
J'en ai vu, j'en ai fui les signes trop certains. jOOo
Ce héros, si terrible au reste des humains,
Qui ne connaît de pleurs que ceux qu'il fait répandre,
Qui s'endurcit contre eux dès l'âge le plus tendre,
Et qui, si l'on nous fait un fidèle discours,
Suça même le sang des lions et des ours^, ilOO
i. Égarement d'esprit. Corneille a dit dans ce sens [le Cid, II, m) :
Maudite aiiibiUiu!, ilcleiluble iiianic.
2. Ériphile coupe à propos la parole à Doris, car elle ne savait pas trop ce qu'elle allait dire.
3. Ces exclamations froides et vagues rappellent un peu la façon de Corneille. Ici l'on voit bien ce que signifie le second hémistiche : Ériphile a vainement espéré que la mort d'Iphigénie amènerait Achille dans ses fers. Mais favorables périls! Ces mots se rapportent-ils à Iphigénie? et alors ils signifieraient que les périls d'Iphigénie ont été un bonheur pour elle. Se rapportent-ils à Ériphile ? et alors ils feraient cntemiie que les périls d'Iphigénie ont donné de l'espoir à sa rivale. Ce dernier sens est le plus vraisemblable ; mais le vers est obscur.