ACTE IV, SCÈNE VI
Ne suis-je plus son père? Êtes-vous son époux? Et ne peut-elle...
ACHILLE
Non, elle n'est plus à vous.
On ne m'abuse point par des promesses vaines. Tant qu'un reste de sang coulera dans mes veines, Vous deviez à mon sort unir tous ses moments, 13o5
Je défendrai mes droits fondés sur vos serments ^ Et n'est-ce pas pour moi que vous l'avez mandée?
AGAMEMNON
Plaignez-vous donc aux Dieux qui me l'ont demandée:
Accusez et Calchas et le camp tout entier,
Ulysse, Ménélas, et vous tout le premier. 1360
ACHILLE
Moi !
AGAMEMNON
Vous, qui de l'Asie embrassant la conquête, Querellez ^ tous les jours le ciel qui vous arrête ; Vous, qui, vous offensant de mes justes terreurs, Avez dans tout le camp répandu vos fureurs. Mon cœur pour la sauver vous ouvrait une voie; 1365
Mais vous ne demandez, vous ne cherchez que Troie Je vous fermais le champ où voulez courir. Vous le voulez, partez : sa mort va vous l'ouvrir.
ACHILLE
Just« ciel ! Puis-je entendre et souffrir ce langage?
Est-ce ainsi qu'au parjure on ajoute l'outrage. ? 1370
Moi, je voulais partir aux dépens de ses jours?
Et que m'a fait à moi cette Troie où je cours?
Au pied de ses remparts quel intérêt m'appelle?
Pour qui, sourd à la voix d'une mère immortelle,
Et d'un père éperdu négligeant les avis, 1375
Vais-je y chercher la mort tant prédite à leur fils ?
Jamais vaisseaux partis des rives du Scamandre
Aux champs thessaliens osèrent ils descendre?
Et jamais dans Larisse un lâche ravisseur
1. Il y a un peu d'embarras dans la oonstniction de ces trois vers; Phinée disait dans VAiulromêde de Corneille (H, ivj :
Aiidroincde e?l à moi, vous me l'avez donnoe, Le cii'l pour noire liyiin'ii a pris rulle jniirnée, Vt'iius l'a commande: qui jiie la peut ùur?
2. Vous emportez contre, (lorneilic avait é^rit (Horace, II, iv);
Queiellcz ciel et Wf.K, et maudissez le sort.
^28 IPIIIGKME.
Me vint-il enlever ou ma femme ou ma sœur ' ? 1380
Qu'ai-je à me plaindre ^ ? Où sont les pertes que j'ai faites?
Je n'y vais que pour vous, barbare que vous êtes,
Pour vous, à qui des Grecs moi seul je ne dois rien.
Vous, que j'ai fait nommer et leur chef et le mien.
Vous, que mon bras vengeait dans Lesbos enflammée, 1385
Avant que vous eussiez assemblé votre armée ^.
Et quel fut le dessein qui nous assembla tous?
Ne courons-nous pas rendre Hélène à son époux* ?
Depuis quand pense-t-on qu'inutile à moi-même
Je me laisse ravir ime épouse que j'aime? 1390
Seul d'un honteux affront votre frère blessé
A-t-il droit de venger son amour offensé?
Votre fille me plut, je prétendis lui plaire ^ ;
Elle est de mes serments seule dépositaire.
Content de son hymen, vaisseaux, armes, soldats, 1395
Ma foi lui promit tout, et rien à Ménélas.