SCÈNE VI
ULYSSE, CLYTEMNESTRE, ARGAS, ^EGINE, gardes.
ULYSSE
Non, votre fille vit, et les Dieux sont contents '. 1720
Rassurez-vous. Le ciel a voulu vous la rendre.
CLYTEMNESTRE
EUe vit ! et c'est vous qui venez me l'apprendre !
ULYSSE
Oui, c'est moi, qui longtemps contre elle et contre vous
Ai cru devoir, Madame, affermir votre époux ;
Moi, qui, jaloux tantôt de l'honneur de nos armes, 1725
Par d'austères conseils ai fait couler vos larmes,
Et qui viens, puisque enfin le ciel est apaisé,
Réparer tout l'ennui que je vous ai causé.
CLYTEMNESTRE
Ma fille ! Ah! Prince ! 0 ciel ! Je demeure éperdue.
Quel miracle. Seigneur, quel Dieu me Va rendue? 1730
ULYSSE
Vous m'en voyez moi-même en cet heureux moment
Saisi d'horreur -, de joie et de ravissement.
Jamais jour n'a paru si mortel à la Grèce 3.
Déjà de tout le camp la discorde maîtresse
Avait sur tous les yeux mis son bandeau fatal, 1735
Et donné du combat le funeste signal.
De ce spectacle affreux votre fille alarmée*
Voyait pour elle Achille, et contre elle l'armée ;
Mais quoique seul pour elle, Achille furieux
Épouvantait l'armée et partageait les Dieux ». 1740
1. ViR ; Non, Madame, elle yit, et les Dieux sont contents (1675-87). Barbier dAucour, dans son Apollon vendeur de mitliridate, déclare qu'il n'est
pas content du rôle que Racine a donné à Ulysse, et que ce prince Se borne à signaler son éloquente voix
Par un rccil patibulaire. •.
2. Par ce mot Bacine désigne une sorte de crainte religieuse; le vers 1784 explique bien le sens de ce rnot.