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ACTE V, SCÈNE VI. ^^g

Sans tes profanes mains saura bien se répandre *. » Furieuse, elle vole, et sur l'autel prochain * 177b

Prend le sacré couteau, le plonge dans son sein. A peine son sang coule et l'ait rougir la terre, Les Dieux font sur l'autel entendre le tonnerre ', Les vents agitent l'air d'heureux frémissements '', Et la mer leur répond par ses mugissements ; i780

La rive au loin gémit, blanchissante d'écume ^ ; La flamme du bûcher d'elle-même s'allume ; L.e ciel brille d'éclairs, s'entr'ouvre, et parmi nous Jette une sainte horreur qui nous rassure tous. Le soldat étonné dit que dans une nue 1785

Jusque sur le bûcher Diane est descendue^. Et croit que,s'élevant au travers de ses feux, Elle portait au ciel notre encens et nos vœux. Tout s'empresse, tout part. La seule Iphigénie Dans ce commun bonheur pleure son ennemie''. 1790

1. c'est Iphigénie qui, dans la pièce grecque (v. 1539-1560), disait: Racine s'est souvenu aussi de la mort de Polyxène ('ExàÏTi, 548-5ci2) :

Toùjxoj- uaûé;(»j fàç ^cçr^v EÙxafOtwç. ■EXtuBiçav Si n', liî iUuiifa Bàvoj,

AoùXt) rtxXï;»6ai pauiXI; oûo-' aî^/ùvoi^ai.

J. Qui est proche.

3. On dirait en prose: A peine... que. Cette ellipse donne beaucoup de légëroté la phrase.

4. Heureux, c'est-à-dire qui sont favorables, qui rendent heureux ceux qui les entendent.

5. Lorsque la mer est calme, elle n'a pas d'écume; ce dernier trait achève donc de démontrer que les vents viennent de se lever.

6. L'iysse rapporte, sans trop y ajouter Coi, )os bruits qui courent dans la foule. Dolce dit que quelques personnes oiitcru voir ce prodige, et sa Clytemnestre répond :

Ma creder non loglio quel cha non viJi.

La Clytemnestre d'Euripide croit d'abord qu'on veut abuser sa douleur (v. 161(5laiâ):

n.r.; S 'où oC;

C; ffou ri'vOo'j; X'jy^oj -TîaufTaiiAav J

Racine emploiera encore la même précaution dans Phèdre (V, vi), lorsqu'il racontera la mort d'ilippolyle:

,» On dit qu'on a vu mime, en ce désordre alTrcux,

Un Dieu qui d'jiguillunt pressait leurs flancs poudreux.

7. c'est là le dernier trait qui complète la douce et gracieuse figure d'ipliigéuie.

45 0 IPHIGKNIE.

Des mains d'Agamemnon venez la recevoir. Venez. Achille et lui, brûlants de vous revoir, Madame, et désormais tous deux d'intelligence, Sont prêts à confirmer leur auguste alliance ^.

CL YTEMNESTRE.

Par quel prix, quel encens, ô ciel, puis-je jamais* 1795

Récompenser Achille, et payer tes bienfaits'?

1. Confirmer, c'est-à-dire sanctionner. De même d-Ans Athalic (V, vu) :

De Jacob avec Dieu conûrmer l'alliance.

Le récit d'Ulysse, qui affecte parfois une allure épique, échappe, malgré sa longueur, aux critiques justement adressées au récit de Théramene : cette narration, Ulysse a du plaisic à la faire, et Clytemnestre à l'écouter ; aucun détail n'est donc oiseux ni déplacé. A propos de ce récit d'ijiysse, M. Sarcey dans la chronique théâtrale du Temps, le 8 novembre 1880, écrivait ces lignes : g C'était une tradition, et à mon avis une tradition détestable, qu'Ulysse fil cette narration du ton modéré de Nestor contant à ses petits-enfants les belles heures de sa jeunesse. En vain faisais-je observer que c'était trahir la pensée du poèt*, qui avait précisément mis dans la bouche il'Ulysse ces vers significatifs :

Vous m'en voyez moi-même en cet heureux moment

Saisi d'horreur, de joie et de ravissement, etc. •

Et, faisant l'éloge du jeune pensionnaire de la Comédie-Française, qui venait d'oser rompre avec cette tradition, M. Sarcey disait : « Il est arrivé tout effaré et tout joyeux, comme un homme qui vient d'assister à un spectacle merveilleux, qui en est tout plein, et qui est véritablement sai^i de tout ce que dit Racine ; et, ma foi ! il a lancé ce lonp récit avec une émotion extraordinaire, sans que cependant la \ivacilé du débit coulât rien a la nette'.é de la prononciation et à l'exacte observance des nuances les plus délicates. »

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