‹ Théâtre completChapitre 76 sur 592 · ACTE II, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I

Mais enfin voulez-vous K..

ROXANE

Non, je ne veux plus rien. 520

Ne m'importune plus de tes raisons forcées ^ Je vois combien tes vœux sont loin de mes pensées'. Je ne te presse plus, ingrat, d'y consentir. Rentre dans le néant dont je t'ai fait sortir '■'. Car enfin qui m'arrête? et quelle autre assurance 525

Demanderais-je encor de son indifférence*? L'ingrat est-il touché de mes empressements? L'amour môme entre-t-il dans ses raisonnements? Ah! je vois tes desseins. Tu crois, quoi que je fasse, Que mes propres périls t'assurent de ta grâce, 530

Qu'engagée avec toi par de si forts liens,

1. Roxane pourrait répondre, en changeant légèrement les paroles ti'Agrippine {Britannicus, I, i) :

Un peu moins de respecl, mais un peu plus d'amour.

Elle aime mieux se fâcher. On a remarqué que, pai- les idées, et aussi par la froideur, ce discours de Bajazet rappelait le discours d'Énée à Didon au livre IV de l'Enéide (333-335) :

Ego te, qiiae plurima Tando Eiiumerare vales, nunquain, regina, negabo Proraerilara ; nec me MieiiLiiii^si; pigebil Klisx, Dum mentor ipse mei, dum spiritus hos reget arlu^.

2. Emportée parla colère, Roxane tutoie Bajazet ; ce mouvement fort heureux, ce passage du vous au tu, et du tu au vous, avait été déjà placé par Racine dans son Andromaque (IV, v), avec beaucoup de bonheur. Peut-être avait-il emprunté cet effet au Porus, que l'abbé Boyer avait donné en 1648. Dans cette tragédie (II, II), Porus, faisant à sa femme une stupide scène dejalousic, lui disait :

M'abandonnerez-Tous en l'état où je suis 7... Va, perfide, va, cours après ton Alexandre, etc.

Pour forcées, voir Iphigénie, note du vers 685.

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