‹ Théâtre completChapitre 8 sur 592 · Voir la note du vers · texte numérisé non relu

Voir la note du vers

prince de Birac serait signer son arrêt de mort, sort en jetant derrière elle ce simple mot : a Cherchez * . »

A l'acte suivant, elle est avertie que le comte de Terremonde a feint un voyage, mais que, armé de pistolets, il se tient dans le jardin, prêt à faire feu sur quiconque entrera chez sa femme. La princesse Georges laissera-t elle son mari aller au rendez-vous? « Eh bien, ma conscience, vous voilà juge comme vous vouliez l'être, comme vous avez le droit de l'être. Je n'ai qu'un mot à dire pour que cet homme meure. Il dépendra de lui que je le dise. Pourquoi est-ce que je tremble? Est-ce que ce que j'ai fait est mal? N'ai-je pas le droit de disposer de la vie de cette femme et de cet homme? Non. Ceux-là même qui ont donné la vie n'ont pas le droit de donner la mort. Je suis peut-être une criminelle. D'ailleurs, qui suis-je pour être si sévère? Qu'est-ce que je connais de la vie? Quelles luttes ai-je soutenues? Quel bien ai-je fait? Car c'est la mort, comprendstu, malheureuse, c'est la mort que tu veux donner ; car, si tu laisses ton époux franchir le seuil de cette porte, il est mort 2. » Voici le prince en présence de sa femme ; loin de se repentir, il l'accuse de calomnier sa maîtresse; il défend Sylvanie auprès de Séverine, qui s'écrie ^ : « Voilà donc ce qu'une pareille femme peut faire d'un geutilhomme! Le voilà qui rugit et qui écume, comme une bête sauvage, et qui maudit et qui insulte l'amour le plus pur, le plus dévoué qui fut jamais! Ah! je crois que la mesure est comble! Le mari de. cette femme est parti ce soir. Elle est libre ! elle est seule, vous n'avez pas de temps à perdre ; allez la retrouver, vous êtes mort pour moi... Allez. — le prince. — J'y vais. » — « Mais, dit M. Dumas dans sa Préface, si M. de Birac était sorti sur le : Allez, de Séverine, pendant la scène v du dernier acte, j'aurais refait un dénouement de Racine, celui de Roxane jalouse, qui, ayant, comme mon héroïne, préparé la mort de Bajazet s'il franchit le seuil de son appartement, le congédie avec ce seul mot : Sortez, qui est son arrêt, sans qu'il s'en doute *. » Aussi, par un mouvement de passion subit, Séverine bondit vers la porte, et y arrive avant le prince : « Eh bien, non, tu n'iras pas. — le prince, voulant passer. — Eh, Madame ! — SÉVERINE. — Tu n'iras pas. N'obéis pas à ta passion qui t'aveugle en ce moment, attends un peu; ne sors pas d'ici. Je t'en conjure!... Je ne suis qu'une femme décidément. Non, je t'aime toujours, je le sens*. » Mais le prince repousse brutalement Séverine. Au moment où il va passer le seuil fatal, un coup de feu retentit. Le comte s'est trompé de victime, mais il n'a pas tué cependant un innocent ; les yeux du prince s'ouvrent, et il tombe aux pieds de sa femme, qui lui pardonne.

1. Séverine a ici autant de présence d'esprit que Phèdre : elle se réserve du temps.

i. III, IV.

Page 1