SCÈNE II
Les mêmes, HELLOUIN
HELLOUIN
Chers, je vous salue... {Il baise la main de Cloiilde») Que dites-vous de ce temps ?
CLOTILDE
Ah I non, pas vous 1 Si vous étiez venu cinq minute.^ plus tôt, vous auriez pu l'entendre déraisonner. Il veut absolument s'évader de Paris.
HELLOUIN
A la bonne heure !
MORAIN
Ah! ah!
CLOTILDE Ah ça, qu'est'^e que vous avez donc tous ?
HELLOUIN
La campagne doit être divine en ce moment! Les
lilas !
Je vous en prie I Rentrez les lilas ! Ils ont déjà servi ! Ils sont éventés ! -
MORAIN Jacques Hellouin, je t'aime !
CLOTILDE
Ça ne veut rien dire ; il aime tout le monde aujourd'hui. Comment va Lucienne ?
HELLOUIN
Je suis content d'elle en ce moment. Elle est gaie; elle est gentille; elle est heureuse; donc elle me plaît.
CLOTILDE Tant mieux !
HELLOUIN
Et merci. Car je vous dois cette transformation. L'an dernier, ça n'allait pas; elle était sombre, mélancolique. Elle est revenue de vos Chablettes, joyeuse et pleine d'entrain. Deux mois de votre société avaient fait ce miracle.
CLOTILDE
J'en suis ravie. Alors, nous aurons le plaisir de vous avoir encore cet été ?
HELLOUIN
Pas sûr, malheureusement; Lucienne parle d'aller en Suisse. Et vous savez ses désirs...
MORAIN Sont plus que des ordret pour vous, sont des lois.
Je l'aime.
CLOTILDE Vous la gâtez outrageusement.
HELLOUIN
Tant que je peux, et ce n*est guère. C'est effrayant le mal qu*on a à gâter les êtres qui vous sont chers. On leur voudrait un appétit de plaisir insatiable. Ils n'en ont que comme tout le monde, c'est-à-dire pas beaucoup- L'âme humaine est courte.
MORAIN
Mais taiae:^-vous donc» malheureux. Vous tuez le métier de mari. Demain Clotilde ne sera pas à prendre avec des pincettes.
HELLOUIN Vous la prendrez dans vos bras. Ça vaudra mieux.
MORAIN Elle me fera tourner en bourrique.
CLOTILDE
0>mbien faudra-t-il de tours?
MORAIN
Vous voyez, elle m'insulte déjà! Mon petit Hellouin. allez-vous^nl Je ne vous aime plus! Allez-vous^-en tout de suite. Vous dépravez nos femmes.
HELLOUIN
Que voulez-vous, mon cher. Moi, je n'aime pas à demi ; quand j'aime, c'est de tout moi, et cela me grise et cela me saoule, et il faut que je le crie par-dessus les toits.
MORAIN
Oui, mais pas par-dessous. Ça m*humilie de ne pas être au diapason, et cela peut me créer des complications.
CLOTILDE Tu as peur que je ne t'en demande autant.
MORAIN Dame I
HELLOUIN
Rassurez-vous, mon brave Morain, mon cas est exceptionnel. Lucienne est plus jeune que moi de près de vingt ans.. J'ai à l'oublier; j'ai surtout à le lui faire oublier. S'il fallait pour cela sacrifier toute la fortune que le papa Hellouin m'a gagnée dans ses filatures du Nord, je la donnerais d'un coup, avec reconnaissance. Voilà l'homme que je suis.
MORAIN
C'est-à-dire un mari déplorable.