CL.OTILDE, rêveuse Oui
LUCIENNE
Eh bien, où es-tu?
CLOTILDE
Je suis avec Jacques. Si tu l'avais entendu tout à l'heure! Tu ne sais pas ce qye tu es pour lui ; tout, malheureuse enfant, toute sa joie, toutes ses joies, toutes ses peines. Il n'a que toi! il n'aime que toi! il ne peut pa? vivre sans, toi! Tu ignorais donc tout cela?
LUCIENNE
Non.
CLOTILDE Alors?
Je «ais qw J» wç conduis très mal envers luî, je sais qu'il aura beaucoup de chagrin, je sais que peut-être je brise sa vie. Mais je sais aussi que je ne l'aime pas, que je ne l'ai jamais aimé, et que je ne peux plus vivre avec lui, maintenant qu'un autre...
CLOTILDE
Tu e^ cruelle I
LUCIENNE Non, j'aime.
A ce moment entre Ernest cn>ec le thé.
CLOTILDE
C'est bien, posez ça là ! (Ernest sort, Clotilde, tes doucement) Lucienne, ma petite Lucienne, si tu m'avais demandé conseil, jamais tu ne serais devenue la maîtresse de cet homme étant la femme de Jacques. Tu aurais d'abord repris ta liberté et de tout mon pouvoir je t'aurais aidée à la reconquérir. Ton amie aurait alors été ton alliée. Aujourd'hui, par ta faute, elle ne p>eut plus être que ta complice.
LUCIENNE Clotilde!
CLOTILDE
Rassure-toi; l'amitié de ta Clotilde n'est en rien atteinte par les confidences que tu viens de lui faire. Peutêtre roême f 'est-elle encore accrue; car tu as un plus grand besoin de protection. Je suis prête à te défendre contre tous, comme je t'aurais défendue contre toi-même, si, aux heures de trouble, tu m'avais cherchée. {On frappe.) Qu'est-ce que c'est? Entrez! {Entre Rose.)
Merci, Rose. Donnez. Mettez les gâteaux sur ce plateau et laissez-nous. (Pendant que Rose obéiU Cloiilde com' puise les morceaux de musique et les pose sur le piano. Tout en servant Lucienne.) Un dernier mot. T'es-tu jamais demandé pourquoi Landelle te détournait de venir me voir?
LUCIENNE
Cola m'a étonnée d'abord, et puis...
CLOTILDE
Et puis, tu t'es habituée à cette idée. Mais encore aujourd'hui, tu ignores pourquoi il tenait tsmt à nous détacher l'une de l'autre?
LUCIENNE
Oui. Autant qu'il m'en souvienne, il craignait ton influence sur moi; il avait le sentiment que tu ne sympathisais guère avec lui.
CLOTILDE
Il iw «e trompait pas.
LUCIENNE
Alors, comme il insistait beaucoup pour que je cesse de te voir, je n'ai pas voulu le fâcher; je lui ai obéi. C'est la plus grande preuve d'amour qu'il m'ait demandée. Je la lui ai donnée comme les autres. Voilà. Tu m'en veux?
CLOTILDE
Oh! non! C'est si naturel 1
Entre EmesL
ERNEST
Madame, c'est M. Sylvain. Je lui ai dit que madame ne recevait pas. Il insiste.
CLOTILDE
Ahl diable I Je n^avais pas pense a lui. Il vient si rarement. Ça ne t*ennuie pas de voir mon frère?
LUCIENNE
Mais non, au contraire.
CLOTILDE
Bahl il nous changera les idées. {A Ernest.) Faites entrer M. Brunières. {Ernest sort.) D'ailleurs, nous ne le subirons pas longtemps; toujours pressé; il est de ces petites marionnettes qui mangent trois petits fours et puis s'en vont.