‹ Théatre completChapitre 10 sur 407 · X VIE DE SCARRON · texte numérisé non relu

X VIE DE SCARRON

Les débats duraient encore lorsque la belle^mère mouruU L'arrangeaient semblait devoir être, dès lors, moins impossible. Il n'en fut rien. L'avidité processive des maris de ses deux filles, (|ui plaidaient au nom de leurs femmes et du mineur Nicolas Scarron, frères de celles-ci, coupa court au contraire à toute conciliation.

Quoique seul pour lutter contre si fortes et si tenaces parties, notre malade sut leur tenir tôte, autant dans Pintérôt de ses deux sœurs, Anne et Françoise, dont il était Tunique défenseur, que dans son intérêt à lui -môme. 11 déploya en celte longue affaire, tout perclus quMl était, et par conséquent dans l'impos* sibilité de voir ses juges autrement qu'en se faisant porter chez eux^ une activité prodigieuse, et le plus admirable dévouement fraternel.

Ses sœurs se trouvaient dans une plus grande nécessité que lui-môme. Anne était restée veuve après un assez court mariage, et pendant la Fronde — * le procès dura jusque-là — elle avait été pillée deux fois*. Françoise, qui était jolie, avait pour galant en titre le vieux dujc de Tresme', mais n'en tirait pas grand profit. Bien qu'elle eût eu de lui un fils, dont madame de Maintenon fit pendant quelque temps son écuyer, et que Scarron appelait son « neveu à la mode du Marais^, » à cause de la mauvaise réputation qu'avait alors ce quartier ; le vieux duc ne lui venait que fort médiocrement en aide. C'est ce qui faisuit dire à Scarron, dont la verve toujours un peu cynique s'amusait de tout, qu'elle était « mal payée de son locataire. »

S'il riait ainsi de sa sœur Françoise, s'il médisait aussi quelque peu d'Anne, qui, disait-il, aimait le vin ^, et si, poussant encore plus loin ses malices d'impitoyable mauvaise langue, il prétendait, lorsqu'ils logèrent ensemble rue Saint-Louis, au coin de la rue des Douze- Portes, qu'il y avait dans cette dernière rue, douze coureuses, à ne compter ses deux sœurs que pour une^, il ne les aimait pas moins l'une et l'autre, et ne leur était que plus secourable. Il le prouva bien, en consentant à ce qu'elles vinssent vivre chez lui jusqu'à la fin du procès, et même après. Lorsqu'il fut terminé, dans les premiers mois de 1652*^, ils ne se trouvèrent pas, en effet, tous trois beaucoup plus riches. C^ostàlapartie adverse que le Parlement avait donné gain de cause. La donation

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