VIE DE SCAURON. XIII
Virgile travesti n'eurent pas, en 1C48, une moins heureuse fortune. La singularité de ce burlesque, encore nouveau clie< nous, et ce qu'on savait du poëte perclus, si prompt aux. éclats de rire les plus bouffons, lorsque tant d'autres n'auraient eu que cris et larmes, aiguillonnaient son succès.
On se disait, comme Balzac le grand épistoUer, dans une de ses lettres à Gostar : « Voilà sans mentir un admirable malade!... Une s'étoit point encore trouvé d'esprit qui sût danser la sarabande et les matassins dans un corps paralytique. »
Ce que Quinet lui payait pour ses livres était le plus clair de ce qui le faisait vivre. C'est ce qu'il appelait « son marquisat de Quinet. » Ses pièces aussi, pour lesquelles il recevait des comédiens un prix fait, une somme une fois donnée, comme c'était alors l'usage, semblent lui avoir été d'un assez beau profit.
Il avait toujours aimé les comédien?, lui-même nous l'a dit^ ; il en avait connu au Mans qui, s'il faut en juger par son Roman comique, n'avaient pu que lui donner l'envie de rentrer en connaissance avec ceux de Paris, qu'il avait déjà fréquentés, on l'a vu, du temps de la première pièce de Scudéry. Il les revit donc, et comme il s'était fait poète, la pensée de travailler pour eux lui vint tout naturellement.
Quoiqu'il habitât le Marais, assez près du théâtre de la Vieille rue du temple, c'est pour celui de la Troupe Royale, c'est-à-dire de l'Hôtel de Bourgogne, qu'il se mit à celte besogne comique, avec toute la verve et toute l'originalité qui lui étaient parliculières, et qui devaient le faire tourner bien moins à la comédie qu'à la farce.
Un acteur, Julien Lespy, qui venait de passer du théâtre du Marais à l'Hôtel*, et dont le jeu < d'enfariné naïf, » et le nasillement plaisant 3, avaient depuis quelque temps déjà fait le succès, fut le bouffon auquel il s'attacha. Il écrivit pour lui son premier Jodelet ^ et tous deux y réussirent si bien que le nom du type resta à l'acteur. Cette première pièce de Scarron, qu'on lira plus loin, est Jodetet ou le Maître valet. Elle fut jouée en 164 5. La même année, profitant de la veine, il donna Les trois Dorot liées 011 Jodelet souffleté, que, plus tard, en 1651, pour mieux mettre le principal personnage en relief, il étiqueta de ce titre nouveau sur la pièce imprimée : Jodelet duelliste ou Les trois DorO' thées.
Nous ne parlerons pas de l'espèce de salmigondis comique, Boutades du capitan Matamore^ qu'il donna en 1646. Le vrai théâtre n'a rien à voir, comme l'a fort bien remarqué M. Victor