‹ Théatre completChapitre 14 sur 407 · XIV VIE DE SCARRON · texte numérisé non relu

XIV VIE DE SCARRON

FourneU, dans ce ramas hybride de Stances, Élégies, Odes» dites en monologue par le Gapitan ; ni dans les scènes détachées qui suivent entre lui et Boniface le pédant, ni enfin dans la farce monotone, le Mariaoe du Matamore, qui vient après, écrite en vers de quatre pieds, sur la rime unique, ment. Ce n'est qu'une débauche de difficultés burlesques. Dans les stances toutefois quelques-unes sont plaisantes. On en jugera par celle-ci :

Aujourd'hui des ia(}uais me trouvant à l'écart M'ont donné quantité de bonnes bastonnades, Mais cet affront m'a mis en de telles boutades Que j'en ai détoré les murs d'un bonlevard* Etifin, tout boursoufflé de dépit, de rancune,

De rage et de fureur,

J'ai roué la fortune, Ecorché le hasard» et brûlé le malheur*

VHéritier ridicule, que Scarron fit représenter deux ans après, en 164 S, était une pièce mieux faite pour le théâtre. Elle y réus-* sit. Le petit roi Louis XIV, devant qui on la joua au Palais-Royal, s'en amusa même si bien qu'on lui en donna deux représentations dans la même journée. C'est la première comédie où le fameux type de « l'oncle d'Amérique, » dont on attend l'héri* tage, ait, ce nous semble, fait son apparition. Vous savex combien l'on en a depuis abusé.

La Fronde commençait alors, Scarron la laissa passer pour revenir au théâtre. En 1653 seulement, il fil jouer Don Japket d^ Arménie t qui ne se ressent en rien des temps sinistres qu'on venait de traverser. Il n'a pas écrit de pièce plus folle. Le succès en fut très grand, et, comme celui de VHériiier ridicule, cheïs le jeune roi plus que partout^. Dans sa vieillesse, Louis XIV en avait encore mémoire. Nous voyons Don Japhet reparaître deux fois parmi les pièces jouées à Versailles' et à Fontainebleau*, ce qui, soit dit en passant, contredit un peu la légende sur Racine disgracié pour avoir prononcé devant Louis XlV le nom de Scar-> ron *. Sous la Régence, Don Japhet n'avait rien perdu de sa vogue. On le joua, par exemple, aux Tuileries, en 1721, pour Louis XV enfant, comme on l'avait joué au Palais-Royal pour le jeune Louis XIV. Il fut à cette représentation des Tuileries réduit en trois actes avec intermèdes et danses.

De nos jours, il fut question de le modifier de même pour en rendre la reprise possible. Gérard de Nerval s'en chargea, mais il mourut avant d'avoir pu ressusciter Don Japhet,

^1. Les Contemporains de Molière, t. III, p. 405.

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