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SCÈNE IV

LÉONORE, DON DIÊGUE.

LÊONORE.

Sans employer le temps en discours inutiles,

Et sans vous accabler de paroles civiles,

De la part d'une dame à qui vous êtes cher,

Je suis ici venue exprès pour vous chercher,

Et pour savoir de vous si vous êtes à prendre

Ou si vous êtes pris ; veuillez donc me l'apprendre»

Cette dame a dessein de vous bien marier.

En cas que vous soyez un homme à vous lier;

Elle sait votre nom, connaît votre mérite,

Et c'est pour cela seul que je vous rends visite.

Je ne vous dirai rien, si vous ne promettez De lever votre voile et montrer vos beautési

LÉONORE

S'il ne tient qu'à cela, vous verrez mon visage, Encor qu'à le cacher j'aie un ^rand avantage. Dites-moi cependant si vous aimez ou non.

n* DIBGUS.

Volontiers.

LéONORE.

Vous aimez?

D. Dlâ6UB«

Oui, j'aime.

LÉONORE

Tout de bonf

Tout ce qu'on peut aimer.

tÉONORBt

Et vous aîmex ?

D. DIÉGUB.

LÉONORâ.

Hélène dé ToWéï ?

D. niÊGÛE»

C'est elle qui m'euchatûe*

LéONOÀB.

Et qui se meurt d'amour pour vousf

D. DIÊGUE;

Qui m'aimâ bien.

LÉONORE

Vous le croyez ?

' D. DIÉGUE.

Sans doute.

LÉONORE

Et moi, je n'en crois rien.

D. DIÉGUE.

Vous ne le croyez pas?

LÉONORE

Je le sais de sa bouche, Que le bien de votre oncle, et non pas vous, la touche ; Et que s'il vous manquait cette succession, Vous n'auriez jamais part en son affection.

D. DIÉGUE.

Femme, qui n'êtes pas sans doute son amie, Qui tâchez d'ébranler ma fortune afTermie, En venant m'avertir que l'on ne m'aime pas. Sachez que vous perdez votre temps et vos pas. Hélène de Torrez m'aime, je le veux croire, Plutôt que les avis d'une donzelle noire. Dont peut-être l'esprit, que Ton ne saurait voir, A son voile est pareil, c'est-à-dire bien noir.

LÉONORE

Ne jugez plus de moi par ma noire figure. Mon visage n'est pas de si mauvais augure : Regardez-moi, monsieur, s'il vous reste des yeux Pour d'autres que pour ceux dont vous faites des dieux.

D. DIÉGUE.

Oh I qu'il est difficile après vous avoir vue. De se garder des maux qui suivent votre vue I Et si j'avais encore un cœur à saccager. Madame, qu'avec vous je serais en danger I Mais, madame, il me vient, vous ayant regardée, De votre beau visage une confuse idée.

Il faut bien qu'autrefois il m'ait été connu.

LÉONORE

Encore est-ce beaucoup de s'être souvenu D'un visage commun et fait comme le nôtre. Tandis qu'absolument possédé par un autre. On ne vit que pour elle, et Ton songe fort peu A voir par charité ceux qu'on sauve du feu ; Car de civilité Ton n'en espère aucune De qui méprise tout, hors sa bonne fortune.

D. DIÉGUB.

Oui, madame, il est vrai, contre vous j'ai péché,

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