HÉLÈNE, DON DIÈGUE
HÉLÈNE
Mon Dieu ! ne jurez point, ou véritable, ou feinte. Une noire tristesse en votre face est peinte.
Étant auprès de vous, pourrais-je m'attrister?
HÉLÈNE
Contre la vérité voulez-vous contester?
Mais ne saurai-je point le sujet qui vous fâche?
Ce qu'on ne peut celer, il faut bien qu'on le sache.
La flotte a-t-elle fait naufrage?
Elle est au port Heureusement conduite; et si, mon oncle est mort.
HÉLÈNE
Qu'est-ce donc qui vous met en peine ?
En cette lettre Vous verrez un malheur capable de m'y mettre.
« Monsieur,
« Votre oncle don Pelage a cassé en mourant le testa- « ment qu'il avait fait en votre faveur, et a fait votre t< cousin D. Pedro de Buffalos son héritier universel. 11 « ne vous laisse que trois cents ducats de rente durant « votre vie. J'ai fait ce que j'ai pu pour vous servir, je « n'ai pu rien obtenir du vieillard, auprès de qui on « vous a rendu sans doute de très mauvais services. J'en u suis au désespoir, et suis,
« Monsieur,
« Votre très humble et très obéissant serviteur,
« Georges Rinaldi. »
HÉLÈNE
Vous avez grand sujet de n'être pas content. Et trop de cœur aussi pour vous affliger tant ; Une âme généreuse, et qui n'est pas commune, Est au-dessus des biens que donne la fortune.
Pourvu qu'Hélène m'aime, et me veuille du bien,
Les malheurs les plus grands me touchent moins que rien;
Sa main mise en la mienne, ainsi que je l'espère.
Car il n'est plus saison que sa bonté diffère
De m'accorder bientôt ce sensible bonheur,
Dont le retardement blesserait mon honneur;
Sa main, dis-je, donnée, et la mienne reçue,
Feront qu'en ces desseins la fortune déçue
Me laissera jouir de ce bonheur parfait,.
Sans me plus tourmenter, comme elle a toujours fait,
Ne différez donc plus ce bien incomparable ;
Faites un homme heureux d'un homme misérable ;
Achevez ma fortune en public dès demain,
En recevant mon cœur, donnez-moi votre main.
HÉLÈNE
Vous pressez un peu trop ce qu'on peut toujours faire :