VIE DE SCARRON. XV
En 1654, tout chaud de son succès, et ne voulant pas le laisser s'altiédir, Scarron avait fait jouer V Écolier de Salamanque ou les Généreux ennemis; mais, malgré «sa h^te, il était arrivé trop tard. Sa pièce — une tragi-comédie, celte fois «» était destinée au théâtre du Marais, celui des u petits comédiens. » Uéflani de lui'môme, à cause du genre plus sérieux de ces cinq actes, il en avait fait lecture à seé amis; c'était sa façon, disait-il, d'essayer fies ouvrages» li essaya trop celui-là, et devant des gens qui avaient trop de mémoire, entre autres BoisroLert qui, trouvant le sujet a son gré, le prit au vol pour le bâcler en prose dans une comédie en cinq actes, accueillie aussitôt par les comédiens de rHôtel, et mise en scène si promptement qu'elle devança de quelques mois celle de Scarron, dont, pour comble d'impudence, Boisrobert dit le plus grand mal lorsqu'elle fut jouée.
C'est le -voleur qui se disait volé. 11 le fut lui-même à son tour. Thomas Corneille reprit le sujet, le mit en vers, et, sous ce titre : les lUuHrês ennemis^ le fit représenter en cinq actes aussi sur le même théâtre que la pièce de Boisrobert, qui à Ce jeu, où il ne pouvait plus tricher, ne gagna pas la partie. En alternant avec celle de Thomas Corneille, elle eut le dessous, et Scarron fut un peu vengé. 11 Ta, depuis, été mieux encore. Qu'est-il resté des deux comédies, rivales de sa tragi-comédie f Rien, tatidis que de son Écolier de Salamanque un type a survécu, celui deCrispin.
L'année suivante, 11 y eut entre Scarron et Thomas Corneille une nouvelle rencontre sur Un même sujet. L'un et l'autre, en 1655, tirèrent parti, pour un théâtre différent, de l'intrigue qui se noue et se dénoue presque sous le même titre : dans le Gardien de soi-même y — c'est la pièce de Scarron, — et dans le Geôlier de soi-même^ c'est la pièce de Thomas.
Scarron n'eut pas l'avantage. Les cinq actes de son concurrent parurent d'un agencement plus ingénieux et les vers d'un meilleur tour. Scarron en eut lui-même conscience, aussi donnat-ilplus de soin au styledcscinq actes qu'il ût jouer Tannée d'après. C'est la comédie du èiarquis ridicule, sa pièce la mieux écrite suivant lui, et il a raison. Elle est la dernière qu'on ait représentée. Les Fausses apparences et le Prince corsaire ne le furent pas» On ne les connut que par la publication posthume qui en fut faite en 16G?, et dont l'effet de lecture ne fut pas très vif. Bien n'est resté des Fausses apparences, et l'on ne se souviendrait plus du Prince corsaire si Voltaire n'y avait pris, pour sa Zaïre, le beau nom d*Orosmane.
Quaud Scarron, dans la rencontre de sujet dont il vient d'être parlé, se plaignait des plagiaires, il l'était un peu lui-même, et -^^ sauf le cas du vol flagrant de Boisrobert — c'est ce qui justifiait