‹ Théatre completChapitre 16 sur 407 · XVI VIE DK SCARRON · texte numérisé non relu

XVI VIE DK SCARRON

plus OU moins le plagiat des autres. Pour ses pièces, notamment pour son premier Jodelet, qui est une imitation de Don Juan AlvaredOt et pour V Écolier dct Salamanquey il avait* pris presque tout au théâtre espagnol. Les autres en y recourant après lui, sur ses propres traces, se croyaient les mêmes droits à prendre, et n^avaient pas tort. Est-on voleur parce qu'on s'en va boire ^ une source où quelqu'un a bu le premier ? Scarron ne se cachait pas de ses emprunts aux pièces qui lui venaient d'Espagne, et au besoin même il demandait qu'on lui en cherchât de nouvelles qu'il pût dépecer de même et détrousser à son aise : a Je vous suis bien obligé, écrit- il par exemple à Marigny^ de la peine que vous prenez de me faire trouver des comédies espagnoles i. »

Un autre de ses amis, dont on ne connaît pas le nom^ mais qui nous a révélé son étroite intimité avec lui par une noie manuscrite mise sur les gardes d'un in-quarto du fonds Falconet, à la Bibliothèque nationale ^, semble avoir été de même un de ses plus complaisants pourvoyeurs pour ce qu'il prit ainsi sur terre castillane. L'idée du Roman comique, imitation excellente du Via je entre tenido de Rojas, lui vint d'une inspiration de cet ami, à qui il dut aussi la matière des Nouvelles qu'il y entremêla, et des autres dontil composa un recueil séparé : « Il Ût, dit-il, à ma persuasion le premier volume de son Roman comique qu'il dédia au cardinal de Retz, pour lors (1651) coadjuteur de Paris... Je luy fournis les quatre nouvelles en espagnol qui sont si agréablement traduites dans ses deux volumes, aussy bien que les quatre autres qu'il a traduites et qu'il a données à part. » Ajoutons que deux de ces quatres dernières furent très utiles : l'une, les UypocriteSy à Molière, pour plusieurs traits du Tartuffe; l'autre, la Précaution inutile^ à Sedaine, pour la Gageure imprévue.

L'anonyme nous apprend encore dans sa note qu'il tâcha de persuader à Scarron de traduire Don Quichotte^ et que Scarron « n'en voulut point tâter accause de la précédente traduction par Oudin et un autre, quoyque pitoyable. »

Le plus singulier, c'est que son ami ne lui conseillait ce travail que pour le détourner d'un autre auquel il était attaché, et beaucoup trop sérieux pour lui, dit-il avec raison: ce n'était pas moins, en effet, qu'une traduction de la morale de Gassendi. Scarron et Gassendi accouplés! N'est-ce pas bien étrange? Ce ne l'est pas plus toutefois que la passion dont notre burlesque s'éprit un moment pour les œuvres de Raymond Lulle, le grand alchimiste : « Vous m'enverrez, écril-il à un ami dont sa lettre ne dit pas le nom, et qui se trouve être justement le même, à qui l'on doit

i. Œuvres, t. I, p. 202.

2. Ce volume sans lieu ni date a pour titre : Apologie pour M. Duncan, contre le Traité de la mélancolie.

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