SCÈNE
Conseillant bien...
D. féu\.
Poursuis, parle, corrige, cause, TrouTe à redire en moi jusqu'à la moindre chose. Et tu verras encor si je frappe bien fort...
JODELET
Lorsque vous me frappez, vous avez toujours tort :
Et moi toujours raison, quand je reprends îvos fautes.
N'importe, c'est affaire à perdre quelques côtes;
Me dussiez-vous casser un bras, voire le cou,
Toutes et auantes fois que vous ferez le fou.
En vrai valet d'honneur je prétends vous reprendre.
Faites mieux, payez-moi, je suis prêt à vous rendre
Le pompeux vêtement que vous m'avez donné,
Où votre seigneurie a si bien lésiné
Qu'avec un galon vert qu'elle a fait coudre en onde,
Elle estime son train le plus leste du monde.
D. FELIX
Dis-moi, maître coauin, qui veux aussi railler, T'ai-je pris pour valet, ou bien pour conseiller?
Vous m'avez pris pour dupe, et trompé par la mine. Néron qui fit mourir feu sa mère Agrippine (A ce que m'en ont dit gens qui le savent bien). Paraissait être bon, et il ne valait rien. Cela s'adresse à vous, don Félix de Fonsèque.
D. FÉLIX
De la part de Néron, sache, monsieur Sénèque, Qu'un valet qui conseille, au lieu d'être écouté. Mérite bien souvent de se voir bien frotté. De même que mon bras a tantôt su bien faire, Et saura bien encor, si tu ne te sais taire.
JODELET
Êtes-vous résolu de ne recevoir pas Mes conseils?
D. FÉLIX
Oui sans doute.
JODELET
Allons tout de ce pas.
Donnez-moi de l'argent, et que je me retire.
D. FÉLIX
Quoi I tu veux de l'argent?
JODELET
Il ne faut point tant rire, Je veux être payé.
D. FÉLIX
Ma foi, c'est pour ton nez I Après tant de conseils insolemment donnés, Et crue j'ai tous soufferts sans me mettre en colère. Je t apprends que c est toi qui me dois du salaire.
Je suis embarrassé si jamais je le fus;