ACTE I, SCENE II
D. FÉLIX
Vois-tu, je suis ravi, si jamais je le fus.
Quand un amant par moi devient âme damnée,
Peste cent fois le jour contre sa destinée,
Qu'il se plaint jour et nuit à sa belle Vénus,
Qu'il lui fait jour et nuit mille arguments cornus,
Pour lui faire avouer par belle rhétorique.
Que je suis depuis peu la mouche qui la pique ;
Lors la sotte lui fait cent satisfactions.
Lui dit qu'il est l'objet de ses affections ;
Le jaloux s'en contente, et pour prendre revanche
Du temps qu'il a perdu, lui baise la main blanche.
Puis après la belle âme et le parfait amant
Se mettent à pleurer très idiotement ;
Et moi, tandis qu'entre eux la querelle s'apaise,
Je suis le plus souvent dans mon lit à mon aise.
JODËLET.
Je veux que le plaisir soit grand de coqueter,
Mais si cet homme à qui vous en faites tâter.
Est de ceux qui toujours portent dans leurs valises
Des chaussons, un grand gant, pour quand on vient aux
Un poignard à coquille, et des fleurets brisés, [prises.
Enfin si cet amant que vous enjalousez,
Est un gladiatenr, un homme acariâtre.
Qui vienne un beau matin vous battre comme plâtre,
Et pour les maies nuits qu'il croit avoir pour vous,
S'en venge pleinement en vous rouant de coups.
Le jeu vous plaira-t-il?
D. FÉLIX
Depuis longues années Deux choses à la cour sont de tous condamnées ; L'une, ce que tu veux me faire redouter. Pour des femmes se battre ; et l'autre de porter Le pourpoin} boutonné. Mais on frappe à la porte.
JODELET
Qui diable, s'il n'est, fou peut frapper de la sorte? Nous voudrait-on forcer d'ouvrir malgré nos dents ?
D. FEUX
Va, va vite, de peur qu'on la mette dedans.