‹ Théatre completChapitre 176 sur 407 · ACTE II, SCENE VII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VII

Si je croyais l'avoir tant soit peu méritée,

Et pour cette raison j'ose vous avertir

Que vous êtes un peu trop prompt à vous offrir.

J'ai tort, je le confesse, et cette offre est petite,

A la considérer selon votre mérite.

Mais qui peut vous offrir ce que vous méritez,

Et vous faire ici-bas des libéralités,

A vous en qui le ciel prodiguement assemble

Les plus riches trésors qu'on puisse voir ensemble.

Une mine céleste, un esprit sans pareil,

Un adorable corps aussi beau qu'un soleil?

Madrid ne fera plus gloire de ses coquettes;

Tolède seulement a des beautés parfaites,

Et je trouve à Tolède, et dès le premier jour,

Ce que je n'ai jamais pu trouver à la coiir.

LUCIE

A ces riches discours qui pourraient me confondre.

Il me faudrait beaucoup de temps pour y répondre.

A Tolède on n'a pas l'esprit assez présent.

Vous vous donnez à moi, c'est un riche présent

Dont vousdevez, monsieur, vous rendre un peu pluschiche.

Je ne veux point de vous, car je serais trop riche;

Et vous qui vous donnez si témérairement.

Sachez que vous seriez traité cruellement.

Et que vous ne savez pas bien ce que vous faites.

D. DIÉGUE.

Je sais ce que je fais, je sais ce que vous êtes. Je sais qu'en vous voyant je trouve dans vos yeux Un plaisir approchant de la gloire des cieux; Mais hélas! je ne sais si cette gloire offerte, Doit être mon salut ou doit être ma perte.

TiUClE.

Et moi, je sais fort bien qu'un homme de la cour Feint fort facilement qu'il va mourir d'amour.

BÉATRIX

J'ai trouvé le cocher, il était dans la place.

LUCIE

Ah! vraiment, ce coquin mérite qu'on le chasse.

BÉATRIX

Ce sera fort bien fait, car ce n'est qu'un vaurien.

LUCIE

Cupidon vous assiste et vous fasse du bien! Adieu mon cavalier.

210 JOBELET DUELLISTE.

D. DIÊGUE.

0 Dieu, qu'elle est aimable 1 Et que je suis, Alphonse, un amant misérable, Si celle que je viens en ces lieux épouser, N*est pas celte beauté qui vient de m'embraser I

ALPHONSE

Et que donnerez-vous pour ce bonheur extrême ?

D. DIÉGUE.

Je donne tout mon bien, je me donne moi-même.

ALPHONSE

Réjouissez-vous donc, car le père qu'elle a S'appelle, m'a-t-on dit, don Pedro d'Avila.

Est-il possible, Alphonse? et son nom est Hélène?

ALPHONSE

Pour cela je l'ignore.

D. DIÉGUE.

Ah I tu me mets en peine, Cette beauté sera peut-être quelque sœur; Et cependant, Alphonse, elle règue en mon cœur, Et de telle façon, que si ce n'est point elle. Pour être bon amant, je serai fils rebelle. Ces beaux yeux dessus moi tout à coup éclatants, M'ont ébloui, blessé, conquis en même temps; Elle n'a dessus moi décoché qu'une œillade, Et je m'en meurs, Alphonse, au moins j'en suis malade D'un mal si dangereux, que je serais marri. Dût-il causer ma mort, si j'en étais guéri. Adorable beauté, pourquoi vous ai-je vue. Si je n'obtiens de vous seulement que la vue? Hélas! vous avoir vue et ne vous avoir pas. C'est bien assurément avoir vu son trépas. Que je te trouve froid dans ton morne silence! Prends pitié de mon mal et de sa violence. Tiens-moi Quelques discours qui puissent m'alléger; Car ne me aire rien, c'est me faire enrager. As-tu jamais rien vu qui soit approchant d'elle? Dis-moi, serai-je heureux, sera-t-elle cruelle? As-tu vu dans ses yeux reluire quelque espoir? Ne la verrai-je plus? la pourrai -je encor voir? Tu ne me réponds rien.

ALPHONSE

Que pourrais-je vous dire?

Je n*ai rien là-dessus à faire qu'à m'en rire. Si vous le permettez; car a-t-on jamais vu

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