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VIE DE SCARRON. XIX

Une autre entreprise de même sorte, qu'ayait prise en main l'abbé de Marivau, le ût renoncer à la sienne. C'était sage; ce qui le fut moins, c'est que, malgré sa gène, il s'engagea pour mille écus dans la nouvelle compagnie i, et sembla persister ainsi plus obstinément que jamais dans l'intention de faire le voyage. Ses amis s*en moquaient ; Furetière, entre autres, lui dit nettement dans une épigramme que ce serait là assurément « la plus burlesque de ses œuvres'. »

Comme il ne pouvait partir seul , il chercha qui l'accompagnerait. Il songea d'abord à mademoiselle Céleste de Harville-Palaiséau , qu'en souvenir d'un ancien amour, et par pitié pour le malheur où l'avait jetée une autre séduction trop tôt suivie du plus cruel abandon', il avait recueillie chez lui avec la plus cordiale hospitalité, en attendant qu'il pût lui faire obtenir soit la direction de quelque hôpital, tel que celui de Montargis, dont elle faillit être pourvue *, soit quelque prieuré.

Céleste, qui semble avoir eu de Tautorité sur lui, comme on le voit par une lettre où il la remercie de l'ordre plus décent qq'elle avait mis dans sa maison, en la délivrant « des mauvaises compagnies'^, » l'encouragea dans ses projets de voyage bien plus qu'elle ne l'en détourna. Lorsqu'elle avait été abandonnée, comme nous l'avons dit, elle était passée, avant d'entrer chez Scarron, par la vie des cloîtres, et elle aimait mieux courir le monde, môme le plus lointain, que de la recommencer.

Tout s'apprêta donc pour le départ. Scarron, qui avait encore son bénéfice du Mans, le vendit, suivant le conseil de Céleste, à Giraud qui faisait chez Ménage les fonctions de domestique et de secrétaire 6. Il en tira mille écus, c'est-à-dire l'équivalent de la somme qu'il avait mise dans l'entreprise de l'abbé de Marivau.

À la fin de décembre 165t, Loret, dans ml Muse hiitorique'^ ^ pouvait annoncer l'embarquement très prochain de Scarron, et ajouter que a l'aimable sœur Céleste » en serait certainement.

C'est alors que tout changea.

La marquise de Neuillan était venue loger à l'hôtel de Troyes, que Scarron habitait encore. Elle avait avec elle une jeune personne d'à peu près seize ans, Françoise d'Aubigné, petite-fille de l'historien poète, ami d'Henri lY, qu'elle avait accueillie à son retour d'Amérique, où s'était passée son enfance, et dont elle

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