XX VIE DE SCARRON
était alors embarrassée. Le mieux aurait été de la mettre dans un couvent, mais il eut fallu une dot, or, la mère, veuve depuis 1647, était très pauvre, et madame de Ncuillan, quoique riche, était fort avare.
L'ami, avec lequel Scarron avait partagé ses chambres^ et qu'il avait pris en pension, connaissait la petite Francine — on l'appelait ainsi, — il Tavait vue, avec madame d'Aubigné sa mère, à la Martinique, puis à Saint-Christophe, chez ce monsieur de Poincy, dont le climat des Antilles avait si miraculeusement guéri la goutte^. Il parla d'elle à Scarron pour qu'il aidât, en bon voisin, à lui faire la dot que refusait l'avare marquise. L'idée ne lui déplut pas. Ne sufâsait-il pas du long séjour de Francine en Amérique pour qu'il s'intéressât à elle? Il voulut la voir au plus vite, la ti'ouva charmante avec son air timide et sa robe trop courte, prêta l'attention la plus émerveillée à tout ce qu'elle lui dit sur l'étonnant pays d'où elle arrivait, et promit de faire ce qui dépendrait de lui pour qu'elle fût honorablement dotée.
Quelques jours après, quand elle revint le voir, il avait réfléchi et pris une résolution plus grave : cette ûllette, s'était-il dit, qui connaissait si bien le pays où il voulait aller, lui serait un guide charmant, et, qui plus est, une compagnie moins austère que sœur Céleste. Pourquoi ne l'emmènerait -il pas avec lui, et, cela décidé, aûn de couper court aux médisances, pourquoi ne l'épouserait-il pas.^ Il lui en parla en toute franchise, dès cette seconde visite. Elle ne dit pas non, tant lé cloître, après la vie libre et de grand air que les voyages lui avaient faite, prenait pour elle de répugnantes perspectives ^,
Madame de Neuillan, que ce projet en se réalisant débarrassait d'une charge gênante, ne le désapprouva pas. L'ami y souscrivit de même, et se chargea du consentement de la mère, restée dans le Poitou. Elle ne le fit pas attendre, et l'ami, muni de sa procuration', prit soin de tout ce qu'il fallut pour la validité du mariage, ce qui fut assez long, et rendit nécessaire que dans l'intérêt de la décence la petite Francine fût, en attendant, mise dans un oeuvent^. Le sort de sœur Céleste fut réglé. Elle eut, grâce à Se^rron, un prieuré d'environ deux mille livres à Argenleuil, ell« s'y retira ^ et Ton ne parla plus d'elle.
Le mariage se fit enfin dans les derniers jours de mai, ou dans les premiers de juin 1652', mais le voyage en Amérique qui en