‹ Théatre completChapitre 287 sur 407 · ACTE? III, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE? III, SCENE II

Et ]e plus fou qui soit d'Angleterre au Japon, M'envoie ici savoir si vous trouverez bon Que sa digne personne et sa fine folies Viennent chasser d'ici toute mélancolie ?

Quel est donc ce Japhet que je ne connais point?

D. ALVARB.

Japhet? c'est la folie en chausse et en pourpoint. L'empereur, en vertu de son extravagance. En a fait en deux ans un homme d'importance, Et d'un gueux mort de faim, un fou très opulent.

FOUCARAL.

Il s'est mis dans la tête un amour violent Pour un ange d'Orgas, madame Léonore, Votre nièce, monsieur.

D. ALVARB.

Je le croyais encore Auprès de l'empereur.

FOUCARAL.

Son bon temps est passé, Et l'empereur enfin s'en est, dit-on, lassé. Maintenant dans Orgas, fou qu'il est, il espère Qu'il obtiendra de vous et de monsieur son père Madame Léonore, et je ne pense pas Qu'il soit encor longtemps sans venir sur mes pas, Tant sa présomption incessamment le presse De venir s'étaler aux pieds de sa maîtresse. Et de venir ici trancher du grand seigneur. Car c'est là sa marotte.

LE COICMANDBUR.

Il me fait trop d'honneur.

Ma nièce Léonore est fort à son service,

FOUCARAL.

Il ne faut pas douter qu'il ne vous divertisse : Il est un peu plus fou qu'il n'était à la cour, Jugez ce qu'il doit être avec beaucoup d'amour.

LE COMMANDEUR

Nous en régalerons notre chère cousine.

D. ALVARE

L'absence de son fils la tue et m'assassine :

S41 était marié, je le serais aussi

Avec sa sœur que j'aime, et qu'elle amène ici.

Vous le savez, monsieur, ce que j'ai fait pour elle :

Cependant depuis peu cette mère cruelle

A soi-même, a sa fille, et plus encore à moi.

342 DON JAPHBT D'ARMÉNIE.

Diffère notre hymen, et ne dit point pourquoi; Et ce n'est que depuis que ce fils qu'elle adore, N'écrivant noint, la fait douter s'il \it encore. Auprès d'elle, monsieur, vous pouvez m'obliger.

LB COMMANDBUa.

Je vous entends, il faut la chose ménager. Et bien prendre son temps,

FOUGARAL.

Avec votre licence, Je m*en vais donner ordre à notre subsistance, Et visiter l'office.

LE COMMANDEUR

Et quand arrive-t-il.

Votre maître Japhel?

FOUGARAL.

Son esprit volatil, Pressé de son amour qui lui donoe des ailes, Le rangera bientôt auprès des demoiselles.

LE COMMANDEUR

Je veux bien recevoir ce second don Quichot, Instruire tous mes geos, et leur donner le mot, Afin que rien ne manque à la cérémonie, Dont je veux achever don Japhet d'Arménie.

D. ALVARE

n est tout achevé, si jamais ou le fut; Il a l'esprit gâté, si jamais homme l'eut; C'est un fou très complet.

FOUGARAL retient sur le théâtre.

DoQ Japhet le fantasque Jusques ici d'Orgas a trotté comme un Basque, Il arrive.

LE COMMANDEUR

Eh, mon Dieul courez-y promptemeut.

Seigneur Alvare, allez l'amuser un moment, Cependant que j'irai donner ordre à la pièce; Et vous, Rodrigue, allez faire venir ma nièce : Il n'en est pas besoin, car elle vient à nous. Ma nièce, vous verrez aujourd'hui votre époux. Le brave don Japhet, des hommes le plus sage.

LÉONORE

Je ne mérite pas un si grand personnage.

LE COMMANDEUR

Je m'en vais donner ordre à le bien recevoir; Et vous, de votre part, faites votre devoir, A lui faire un accueil digne de son mérite.

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