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ACTE III, SCÈNE IV

Parlez haut, parlez haut sans tant mâcher à vide : Oh I que Tamour devient à mon goût insipide ! Je ne vous entends point, me parlez- vous ou non? Elle me parle, hélas, je suis sourd tout de bon ! Elle feint de parler, c'est moi qui n'entends goutte ; Le cousin de César est assourdi saos doute. A mon âçe, messieurs, n'est-ce pas graDd'i)itié, De m'avoir rendu sourd sous ombre d'amitié? Parlez bien haut, messieurs ; de grâce à la pareille ; Vérifions un peu ma surdité d'oreille.

Hélas! on s'égosille, et je n'enteods non plus Que si l'on me voulait emprunter mes écus. Maudit amour, maudit Orgas, maudit voyage, Maudite Léonore, et maudit son visage.

Le commandeur revient.

Ah I commandeur d'enfer, vous voilà de retour :

En êtes-voiis bien mieux de m'avoir rendu sourd?

Vous riez, est-ce ainsi que mon malheur vous touche?

Peste soit le grand fou, comme il ouvre la bouche !

0 le fâcheux objet si tôt qu'on n'entend rien,

De voir ouvrir ainsi tant de gueules de chien 1

Sur mon dieu, je voudrais aussi perdre la vue,

Afin de ne point voir cette sotte cohue ;

J'aimerais bien mieux voir un troupeau de sergents :

Oh! que les grands seigneurs sont de vilaines gens!

Pascal, Roc, Foucaral, il faut plier bagage.

Me voilà revenu de mon beau mariage,

Dieu m'a donné l'ouïe, et Dieu m'en a perclus,

Et que de Léonore on ne me parle plus ;

La drôlesse me coûte et l'honneur et l'ouïe,

Et je ne l'en vois pas guère moins réjouie.

Si jamais à coquette...

LE COMMANDEUR, parle tout de bon.

Ah I tout beau, don Japhet, Vous guérirez bientôt.

D. JAPHET

J'entends bien en efi'et, Ah ! sur mon dieu, j'entends.

LEONORE, parlant le pins haut qu'elle peut.

Monsieur.

D. JAPHET

Tout doux, la peste !

LÉONORE, toujoun haut.

Vous nous entendez bien ?

D, JAPHET

Je VOUS entends de reste, Ne criez plus.

LR COMMANDEUR, fort haut.

Monsieur, si le bien de vous voir  causé Yotre mal, j'en suis au désespoir.

D. JAPHET

Il n*en est pas besoin. Commandeur de mon âme.

Je vous entends, mon cher; grand Dieu que je réclame.

Si vous m'avez rendu la faculté d'ouïr,

Léonore peut bien encor se réjouir ;

Je ne rétracte point le don de ma franchise :

Mais qu'on reparle encor, pour assurer la crise :

Je ne suis plus fâché.

D. ALVARE, fort haut.

Monsieur, assurément Vous n'aurez que la peur.

D. JAPHET

Ah 1 parlez doucement.

Vous me rassourdissez ; la peste, comme il crie ! On dirait qu'il n'a fait autre chose en. sa vie.

Tons à la fois, et fort haut

Vous nous entendez bien ?

Bon Dieu ! vous criez tous, J'aimerais bien autant ouïr hurler des loups.

LE COMMANDEUR, toujours haut.

On s'est accoutumé...

D. JAPHET

Qu'on se désaccoutume.

Ma cervelle n'est pas dure comme une enclume.

Tous fort haut.

Vous nous entendez donc?

D. JAPHET

Eh ! oui, je vous entends Pour la centième fois, mais c'est malgré mes dents. Qu'on me donne un fauteuil, messieurs, et tout à l'heure. Car quand on devient sourd, on se lasse, ou je meure : Et si vous m'aimez bien, notre cher commandeur, Qu'on ne me montre plus le vilain harangueur; S'il me revient encor faire ses reniflades. On me verra, ma foi, sur lui faire gourmades. Ne le voilà-t-il pas?

Le harangueur passe au fond du théâtre.

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